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Revue de presse
IEM
Société numérique : exister et résister
Parler de la société numérique, c’est désigner un phénomène global et massif qui affecte tous les aspects du monde contemporain et tous les étages de la société, du vécu quotidien de chacun au grand jeu de la concurrence entre les puissances politiques ou économiques. Comme le feu, la roue ou l’imprimerie, les techniques numériques démultiplient notre efficacité et font muter notre culture. Mais c’est chaque jour ou presque que surgit un nouvel objet ou une nouvelle application dont la maîtrise peut constituer pour un individu ou un groupe un atout décisif pour sa survie – en tout cas économique – face à ses rivaux.
Ceux qui savent repérer et choisir les nouveautés les plus prometteuses, les utiliser avec pertinence, en tirer des avantages inédits, a fortiori ceux qui les créent, sont, dans notre imaginaire social, les représentants d’une nouvelle intelligence qui laisse loin derrière elle les suiveurs, les retardataires, ou les réfractaires. Ce clivage, qui prend souvent la forme d’un marqueur de génération, se creuse à tous les niveaux de
performance, de la compétence professionnelle individuelle maintenant nécessaire pour assurer les tâches les plus modestes, à celle des pays – voire des continents – dont certains fondent ainsi leur bonne réputation internationale. Sans oublier naturellement les organisations et les entreprises qui y jouent aussi leur image.
Les héros de cette intelligence moderne sont les étudiants inventeurs de Google, de Facebook, ou de Twitter ou les dissidents chinois et iraniens. Et que dire de la réputation acquise par Barack Obama, lors de sa campagne électorale, pour l’usage efficace qu’il a su faire de la communication numérique ? Depuis, plus d’un candidat au pouvoir a rêvé ou essayé de retrouver la formule de cette nouvelle pierre philosophale. Mais la mobilisation à distance, cette nouvelle forme de l’engagement citoyen, est, à
l’image de l’opinion et plus encore, trop fluctuante et imprévisible pour qu’il suffise de copier une recette !
Une neutralité de l’information discutable
La qualité des informations et des services véhiculés par les outils numériques (vérité ou mystification, partage ou rapacité, juste cause ou mauvais procès…) dépend a priori des intentions et des compétences de leurs auteurs et du bon ou mauvais jugement du récepteur. Mais les outils numériques, en tant que « machines » à véhiculer et à traiter de l’information (on parle aussi de « tuyaux »), sont-ils idéologiquement, socialement et politiquement neutres ? Bien que la neutralité d’Internet soit au cœur des valeurs libérales revendiquées par ses « pères fondateurs », ce formidable instrument de libre expression a aussi la propriété, comme tous les outils numériques, de faciliter techniquement la surveillance, la censure ou la hiérarchisation idéologique de ses contenus. Autant de commodités pour les gouvernements – totalitaires ou démocratiques : sécurité oblige ! –, et pour les commerciaux, vu la valeur d’échange que constituent les données personnelles. Par ailleurs, maintenant que l’information est devenue le cœur stratégique de nos sociétés, la concentration dans une seule région du monde des principaux organes commandant cette information représente un pouvoir exorbitant. À l’inverse, l’inégalité d’accès à cette information pour des raisons géographiques, économiques ou culturelles, pèse comme un grave handicap.
Quel rôle pour la Ligue de l’enseignement ?
La Ligue de l’enseignement a beaucoup à attendre d’une utilisation renforcée des technologies numériques pour ses échanges en interne et ses tâches
d’animation locale : information, partage d’expériences et de savoir-faire multiples assez peu mis en commun. Mais elle a aussi beaucoup à perdre si elle ne se donne pas les moyens de redevenir, comme elle l’a été à l’origine, un pôle de référence et de débat citoyen reconnu ainsi qu’un opérateur essentiel et innovant face au potentiel de mutations sociales et culturelles dont ces technologies sont porteuses.
De fait, s’appuyer sur les technologies numériques pour nourrir le débat démocratique et inciter les citoyens à être vigilants, à se mobiliser et à prendre toute leur place dans la vie de la cité est l’une des suggestions récurrentes des fédérations de la Ligue de l’enseignement qui ont apporté leur contribution au Manifeste.
À considérer l’actualité de l’année scolaire écoulée, les questions citoyennes liées à la société de l’information ne manquent pas. Certaines ont d’ailleurs été abordées dans le cadre d’articles réguliers parus dans Les Idées en mouvement à la suite du dossier introductif « Société numérique et citoyenneté : un chantier à réactiver », publié en juin 2009. On peut, à ce jour, regrouper ces sujets autour de préoccupations dont les principales sont :
- contribuer, avec d’autres, à la vigilance citoyenne et protéger les libertés, la vie privée et l’identité des citoyens particulièrement menacées (dispositions de Loppsi 2, et de « Création et Internet - Hadopi », vidéosurveillance, profilage commercial, techniques biométriques, usages inconsidérés des réseaux sociaux, centralisation, conservation et croisements abusifs des données personnelles recueillies et erreurs cumulées de toutes ces bases…) ;
- développer, dans l’éducation initiale et populaire, l’esprit critique face aux outils numériques pour en promouvoir les usages raisonnés, créatifs et citoyens et pour rendre l’individu acteur de sa propre protection ;
- montrer que le caractère prétendument préventif d’un nombre de plus en plus grand de fichiers conduit à une société du soupçon et de l’exclusion et va à l’encontre de notre droit fondé sur la présomption d’innocence ;
- construire une intelligence de la réalité d’aujourd’hui en ouvrant le champ de réflexion à des philosophes, des artistes, des savants, des associations partenaires, etc.
Devenir un opérateur essentiel et innovant
Plusieurs types de formations sont proposés cette année pour que le réseau devienne ou se confirme comme un acteur de référence sur le numérique, à commencer par la formation organisée par la Cnil et destinée à mettre en place des Correspondants informatique et libertés (CIL) dont la tâche centrale sera de veiller à la mise en conformité par rapport à la loi, des fichiers des fédérations de la Ligue de l’enseignement mais aussi d’autres organismes qui le souhaiteront. Une seconde formation intitulée C2i niveau 1, assurée par l’Université de Versailles-Saint-Quentin, permettra à ses titulaires de mettre en place des formations certifiantes au B2i adulte. Quant au projet expérimental européen « VET4e-i » (formation professionnelle pour
l’e-inclusion), il vise à soutenir le développement professionnel des animateurs de Centres Internet publics. Enfin, le groupe de travail national « Société numérique et citoyenneté » va évaluer, et si besoin, créer des outils pour l’animation de séquences invitant les jeunes à des usages prudents d’Internet et des réseaux sociaux. Autant d’actions qui vont permettre à la Ligue de l’enseignement d’être acteur de cette société, plutôt que de la subir !
Retrouvez les Idées en mouvement sur www.iem-laligue.org
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