Service civique et insertion

cap_sudPour venir en aide aux jeunes les plus éloignés de l’emploi, une maison de quartier située en zone urbaine sensible (ZUS) à Poitiers s’appuie sur le dispositif du service civique. Zoom sur un projet de remobilisation sociale et professionnelle.

Dans une zone comme Poitiers Sud, où l’un des îlots du quartier se trouve en grande situation de paupérisation, le projet de remobilisation sociale et professionnelle pour les 16-25 ans prend tout son sens. « Nous nous adressons aux jeunes de Bellejouanne qui sont déscolarisés, sans diplôme et sans formation, en voie de marginalisation. Ceux pour lesquels un soutien semble nécessaire afin de réinvestir une dynamique de projet d’avenir » explique sans détour Damien Bernard, responsable du pôle insertion au Centre d’animation de Poitiers Sud (CAP Sud), fédéré à la Ligue de l’enseignement de la Vienne.

Porté conjointement depuis plus d’un an par la maison de quartier et l’équipe de prévention ADSEA (Association départementale de la Vienne pour la sauvegarde de l’enfant à l’adulte), le projet est financé en grande partie dans le cadre du Contrat urbain de cohésion sociale de la ville (Cucs). Au premier plan des partenaires opérationnels : la Ligue de l’enseignement de la Vienne qui réalise toute l’intermédiation autour du dispositif du service civique et la mission locale d’insertion qui prend part à l’accompagnement socioprofessionnel avec les éducateurs de prévention.

Des missions variées au cœur d’un projet personnalisé

Pour le jeune, le cadre de la contractualisation est donc celui du service civique. À la différence du service civique classique, l’indemnisation peut monter jusqu’à 640 euros lorsque la famille est bénéficiaire du RSA grâce à un financement supplémentaire de la Région Poitou-Charentes. Engagés sur six mois, les dix jeunes qui ont été recrutés successivement à CAP Sud en 2012 réalisent des missions variées sur une durée de 21 heures hebdomadaires. Con­trac­tuellement, les jeunes s’engagent à consacrer trois heures par semaine à la mise en place de leur projet personnalisé sur la base d’objectifs individualisés et déterminés au moment de la signature. Là aussi, l’accompagnement est beaucoup plus resserré que sur un service civique habituel.

Sur le terrain, les jeunes interviennent pour des chantiers hebdomadaires et des chantiers occasionnels au sein du centre social mais aussi à l’échelle du quartier et de la Ville. « L’idée est de leur permettre de renouer avec la vie locale, de les sensibiliser aux initiatives de solidarité, de développement durable et au fonctionnement associatif en les faisant travailler notamment avec les bénévoles. » Épicerie solidaire, jardins maraîchers, constructions en bois, peintures, travaux de cuisine et de restauration, beaucoup de missions sont proposées.

Résoudre l’exclusion par l’approche globale

« Il faut comprendre que ces jeunes en grandes difficultés, malgré leur potentiel, ont peu d’autonomie. Ils nécessitent un encadrement important relatif aux tâches et aux consignes qui leur sont données. » Aussi, la remobilisation sociale et professionnelle proposée par CAP Sud repose sur une approche globale de la personne. Ce sont de multiples processus qu’il faut réintégrer : travailler sur l’acquisition primordiale d’une posture professionnelle avec le respect des règles, des personnes et des horaires mais aussi les questions de santé, de logement, de mobilité, de citoyenneté et d’estime de soi.

À ce titre, les activités socioculturelles et les actions de formation civique font partie intégrante du projet. L’objectif est simple : il s’agit de changer d’abord le regard du jeune sur lui-même mais aussi le regard des autres habitants grâce au tissage d’actions avec le quartier.

Les emplois d’avenir : oui mais…

Quand on interroge les salariés et les administrateurs de CAP Sud sur la création des 150 000 emplois d’avenir annoncés par le gouvernement, ces derniers sont dubitatifs. « Il est très difficile de confier des missions autonomes à ces jeunes sans qualification » insiste le directeur, Dominique Rudnik. « Il faut voir où vont être réellement dégagés ces emplois et sur quels types de postes. »

Entre un service civique indemnisé au maximum à hauteur de 640 euros et un emploi à temps plein payé au Smic, on peut imaginer aisément les choix d’orientation qui vont s’opérer. Pourtant, Bernard Holtzapffel, vice-président, et Damien Bernard alertent sur le risque d’échec : « Les jeunes les plus en difficulté risquent de ne pas pouvoir se plier aux lourdes contraintes de l’emploi s’ils n’ont pas bénéficié d’une étape intermédiaire. » Même la promesse d’un tutorat renforcé semble laisser perplexe.

Pauline Pigeot

 

Article publié dans le dossier « Insertion des jeunes : mode d’emploi(s) » – Idées en mouvement – janvier 2013

 

Témoignage : « Le service civique a été un déclic »

Déscolarisée depuis l’âge de 16 ans, Marina a participé au projet remobilisation de CAP Sud. Après son service civique, elle a signé un contrat CUI-CAE (Contrat unique d’insertion – contrat d’accompagnement dans l’emploi).

«Personnellement, le service civique m’a ouvert un peu plus les yeux ; ça m’a donné plus con­fiance en moi et j’ai appris des choses que je ne connaissais pas. Des choses qui me serviront peut-être plus tard. » Sans hésitation, Marina se souvient très précisément du moment où elle a commencé à regagner confiance en elle : lors d’un atelier d’expression basé sur des techniques de sophrologie et des jeux de rôle. « Pendant les trois premières séances, je n’arrivais pas du tout à me concentrer. Il fallait s’allonger, fermer les yeux, visualiser son corps… Au début je me cachais le visage avec mon manteau, puis j’ai fini par enlever ma veste. Depuis, avec le temps, j’ai appris à dire bonjour et à parler aux gens. »

Plutôt lucide, la jeune fille qui a aujourd’hui 18 ans reconnaît qu’elle n’a jamais voulu qu’on la remarque par peur du jugement des autres. Peu bavarde à l’école, Marina quitte le lycée en seconde et dit encore ne surtout pas vouloir y retourner. Pas convaincue que l’école serve véritablement à quelque chose, elle explique qu’elle ne « pouvait pas écouter, regarder, attendre, rester assise ». Tout l’inverse du service civique : jardinage, peinture, pose de carrelage, préparation du carnaval, construction d’un bar… là, ça bougeait sans cesse ! « Toutes les semaines, on avait un planning. »

Actuellement embauchée en tant qu’agent d’entretien dans un chantier d’insertion, Marina rêve dans cinq ans « d’avoir un bon travail ». À savoir un travail qui lui plaît, avec un salaire correct. Pourtant elle avoue ne pas savoir ce qu’elle veut faire…

À l’écouter, des pistes sont là. Elle évoque avec enthousiasme son stage de découverte en maison de retraite où elle préparait les repas, faisait les lits, aidait à l’habillement. « Certaines personnes âgées racontaient un peu leur vie. Je riais mais je trouvais ça mignon. En fait, on s’attache vite. » Ou encore son stage au supermarché lorsqu’elle faisait de la mise en rayon. Sans parler de la photo et de la restauration, deux domaines qui l’attirent également… Mais peut-être que l’essentiel est d’avoir une situation, « peu importe réellement le travail » dit-elle en espérant que, plus tard, Pôle Emploi lui propose une formation qui lui conviendra. « Le service civique a été un déclic, il fallait que je travaille pour avoir confiance en moi, ça m’a fait grandir, je me sens plus mature » conclut la jeune fille.

P.P.