Retrouvez le goût de l’avenir

EFEn France, portée par une histoire de plus de 200 ans, l’éducation populaire s’est construite à travers le mouvement associatif et des acteurs publics. Tous sont aujourd’hui confrontés aux mutations de nos sociétés mondialisées et numérisées, à l’individualisme et à l’affaiblissement des politiques publiques.

Dans cette période d’incertitudes, notre pays a plus que jamais besoin de l’éducation populaire. Celle-ci se doit de contribuer à rendre l’avenir possible. Les enjeux de démocratisation culturelle qu’elle porte sont d’une autre nature : mobilisation pour élucider les situations et les transformer, pour savoir ce que nous savons et ce que nous allons faire de ce que nous savons, pour discerner dans le flot continu des informations celles qui sont utiles pour une compréhension critique des questions posées à nos vies personnelles, citoyennes et professionnelles, pour donner la parole à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour permettre aux identités nombreuses qui constituent notre société de se rencontrer, de se reconnaître en égale dignité et de contribuer à fabriquer du commun.

Là où, il y a plus d’un siècle, l’éducation populaire, ses militants, ses initiatives, avaient pour objet de faire «une culture avec des peuples», la culture politique de la République, l’objet n’est-il pas aujourd’hui de faire un «peuple avec des cultures». Cela dans le cadre de la démocratie de consentement et dans les dimensions indissociables du local, de la nation, de l’Europe et du monde. La laïcité comme condition de la libre et perpétuelle invention des valeurs qui fondent notre «en commun» le permet. L’éducation populaire a donc une responsabilité particulière dans la formation humaine, la vie sociale et la citoyenneté, notamment pour les jeunes. Elle doit nourrir leurs aspirations, offrir à leur énergie autre chose que le consumérisme compulsif, l’exaltation de l’argent, le cynisme, voire la haine née de l’aveuglement.

Nous voyons bien ce qui menace notre pays avec le sentiment de dessaisissement de l’avenir personnel et collectif, le fatalisme qui gagne, la montée des peurs, les nationalismes, l’extrême droite et l’aggravation des inégalités. Pourtant, jamais nous n’avons disposé d’autant de connaissances et de moyens économiques, technologiques et sociaux pour trouver des issues aux crises.

L’éducation, c’est ce qui donne aux humains les moyens de trouver leur place dans un monde commun et de le faire progresser. Nous vivons une métamorphose comparable à celle de la Renaissance, un changement de civilisation à l’échelle du monde, avec ses transitions, les angoisses et les espoirs qu’elle révèle et l’imagination qu’elle appelle. L’heure n’est pas à la description contemplative de la situation où à la sous-traitance de l’impuissance publique. À l’éducation populaire de prendre sa part de ce changement d’ère. Comme Gaston Bachelard y invitait : «Le futur, ce n’est pas ce qui va arriver, c’est ce que nous allons faire.»

Retrouvez la tribune d’Eric Favey sur le site de l’Humanité