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    Le premier tour des élections régionales a été marqué par un taux d’abstention sans précédent, mais qui n’a surpris personne. Dans un contexte de crise mondiale, il est difficile de mobiliser les électeurs autour d'exécutifs régionaux dont les compétences sont à la fois mal identifiées et instables, et les dirigeants mal connus. Et ceci d’autant plus qu’avec la réforme de la taxe professionnelle, une recentralisation fiscale semble engagée.

     

    Pour autant, près de trente ans après les premières lois de décentralisation, les régions et les autres collectivités territoriales jouent aujourd’hui un rôle majeur dans la mise en œuvre de la solidarité, l’action culturelle et le développement économique.

     

    Les flux qu’elles canalisent, à travers l’investissement, la redistribution, mais aussi les réseaux de transports, organisent l’espace et façonnent les territoires. Leur action, pour le dire en un mot, est structurante.

     

    C’est dire l’importance et la sensibilité du projet de réforme des collectivités territoriales lancé à partir des travaux du Comité Balladur. L’ambition de simplifier le « millefeuille administratif » semble largement partagée mais le débat reste vif sur les conditions de cette simplification, sur les modes de représentation politique et sur les compétences futures des différentes collectivités.

     

    Pour le monde associatif, dont les collectivités territoriales sont devenues le principal partenaire financier, la question se pose du paysage politique et institutionnel qui pourrait émerger de la réforme, et plus précisément du devenir des cofinancements. L’enjeu n’est d’ailleurs pas tant le volume global des subventions et commandes publiques que la réduction du nombre d’interlocuteurs : pour nombre d’associations n’y a-t-il pas un risque, en n’ayant plus qu’un seul partenaire institutionnel, de se transformer en simples sous-traitants de l’action publique ? À l’inverse, on peut y voir l’occasion de se renforcer, en passant d’une posture de demande de subvention à un véritable rôle de partie prenante, coproduisant les politiques publiques.

     

    On le voit, l’évolution du paysage institutionnel pourrait avoir comme corollaire une évolution tout aussi profonde du paysage associatif. Dans ces conditions il est plus que jamais essentiel de comprendre ce qui se joue aujourd’hui. Pas seulement dans la réforme en cours, aux contours encore imprécis. Mais en reposant des questions simples : qu’est-ce qu’un territoire ? De quels enjeux et par quels acteurs est-il animé ? Quels sont aujourd’hui, quels seront demain les dynamiques, les contraintes et les défis de l’action publique territoriale ?

     

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    Dynamiques et contraintes de l'action publique territoriale

    • Le Médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, identifie les zones de friction entre usagers et collectivités territoriales, pointant la contradiction entre une complexité juridique croissante et une exigence nouvelle de réactivité. Lire l'article
    • Marie-Vic Ozouf-Marignier explique que la mobilité fait varier les appartenances et les connexions géographiques. Cette complexité nouvelle peut donner lieu à deux réponses : rationalisation et simplification, ou au contraire développement de formules à géométrie variable. Lire l'article
    • Le géographe Nicolas Verdier explique qu’on ne peut penser les territoires qu’en tenant compte des acteurs sociaux et des enjeux au nom desquels ils se mobilisent. Une question centrale est alors la lisibilité d’enjeux en évolution constante et qui se déclinent à différentes échelles. Lire l'article
    • L’économiste Muriel Maillefert examine les problèmes de coordination : plus que la simplification du paysage institutionnel, c’est la qualité des délibérations entre les différents acteurs qui peut se révéler déterminante pour la réussite des politiques publiques. Lire l'article

    Risques et enjeux d'une réforme

    • Le politologue Patrick Le Lidec décrit le « bricolage » d’une réforme dont l’enjeu principal est de faire des économies, mais qui met en jeu des considérations politiques complexes. Voir la vidéo en Une.
    • Pierre Mauroy pointe le risque d’une recentralisation qui viendrait casser les dynamiques issues des lois de 1982 et 2003 et verrait les logiques de contrôle et d’action à distance l’emporter sur l’initiative locale. Lire l'article
    • Nicolas Sadoul, de la Ligue de l’enseignement, s’inquiète de voir rogner les prérogatives et les ressources des collectivités locales, premier financeur des associations aujourd’hui. Voir la vidéo en Une.
    • Claude Roulleau du Comité économique, social et environnemental considère que l’impact sur le monde associatif sera faible au niveau local mais plus fort au niveau régional ; ce peut être une opportunité pour les associations de s’affirmer comme parties prenantes des politiques publiques. Lire l'article
    • Pierre Vanlerenberghe, président de la Fonda, appelle à la mise en œuvre de véritables politiques associatives, au plan national comme au plan local. Lire l'article

    Petite chrono :

    1789 : naissance des départements et des cantons

    1919 : naissance des groupements économiques régionaux, ancêtres des régions

    1982 : création des régions qui deviennent le troisième échelon des collectivités territoriales, avec les communes et les départements. La loi Gaston Defferre du 2 mars 1982 institue une administration décentralisée. Des compétences étatiques sont déléguées aux collectivités territoriales dont les exécutifs sont élus au suffrage universel direct.

    1984 : création de la fonction publique territoriale

    16 mars 1986 : premières élections régionales

    2003 : la décentralisation devient un principe de la Constitution

     

    Zoom sur les collectivités territoriales

    En 2009, la France compte 36 600 communes, 100 départements, 25 régions, 18 500 coopérations  intercommunales, dont 16 communautés urbaines, 174 communautés d’agglomération et plus de 2400 communautés de communes. Les syndicats intercommunaux constituent la plus grosse partie du nombre d’intercommunalités.

    Il existe trois structures intercommunales à fiscalité propre (ayant leur propre budget) :

    - la communauté de communes (sans seuil minimal d’habitants)

    - la communauté d’agglomération (comprenant 50 000 habitants et une ville d’au moins 15000 habitants)

    - la communauté urbaine (en principe 500 000 habitants et une ville d’au moins 50 000 habitants)

    Les subventions étatiques sont nettement plus incitatives pour ces deux plus grandes structures.

     

    La réforme en bref

    1. Le conseiller territorial remplace le conseiller général et le conseiller régional.

    2. Les citoyens élisent au suffrage universel direct les représentants des coopérations intercommunales à fiscalité propre. Ces élections se font par fléchage lors les municipales.

    3. La métropole, nouvelle coopération intercommunale (seuil fixé à 450 000 habitants), est instituée.

    4. Un nouveau dispositif favorise la fusion des communes ou la transformation de coopérations intercommunales en commune.

    5. Les compétences respectives des collectivités territoriales sont affirmées.

     

    Plus d'informations...

    Les collectivités territoriales en 15 leçons par Jean-Philippe Quillien, coll. Ellipses

    http://www.reformedescollectiviteslocales.fr

    http://www.senat.fr/leg/pjl09-060.html

    Vos commentaires

    • BONHOMME le 02/04/10
      Bonjour !
      Chers camarades,
      Avez-vous été associés à l'élaboration de l'Appel national pour l'Ecole publique ?
      Pouquoi ne l'avez-vous pas signé ?
      Merci de votre réponse
      Bien cordialement.
      J.B.
      Répondre
    • Aude Gerbaud le 01/04/10
      Bonjour à tous,
      Voilà plus d'un an que les IUFM sont mobilisés pour défendre la formation des enseignants. On ne peut pas dire que la Ligue de l'Enseignement se soit illustrée par son intérêt pour cette question ... Les quelques lignes parues ce jour mériteraient de plus amples développements ! La question rejoint celle du combat pour la défense du service public et de la laïcité. Les instituts catholiques sont d'ores et déjà bien préparés à appliquer cette réforme funeste à la prochaine rentrée.
      Cordialement,
      Aude Gerbaud
      Formatrice à l'IUFM de Créteil, Université Paris Est Créteil.
      Répondre
    • BONNASSIEUX le 19/03/10
      le commentaire du représentant de la Ligue ne traite pas de lé réduction du nombre d'élus et de l'institutionnali-sation du cumul des mandats (conseillers généraux se régionaux). Pour un mouvement qui veut promouvoir une citoyenneté active l'exercice d'un mandat électif est un élément important de cette valeur républicaine
      Répondre
      • Nicolas Sadoul le 23/03/10
        Comme nous l'avons développé dans le numéro de notre journal les "idées en mouvement" du mois de février dernier, la réduction prévue des mandats électifs est importante. Il ne nous semble pas que la question de la démocratie locale soit liée au nombre trop important d'élu/es. Il s'agit plutot de promouvoir plus efficacement un accès au mandat électif pour plus de citoyen/nes issu/es des classes sociales populaires, à plus de femmes, à plus de diversité culturelle et ethnique. Le fait de passer de 6000 élus locaux à 3000 conseillers territoriaux, outre les quelques économies budgétaires à relativiser, entrainera ispo facto une concentration des mandats (et donc un cumul) plutot masculin puisque l'obligation de parité disparaitrait dans la mise en oeuvre du scrutin majoritaire uninominal à un tour. La mise en oeuvre du mandat unique éventuellement renouvelable une fois ne devient elle pas une question effectivement prioritaire ?
        Répondre
    • Jean-Claude Charrié le 16/03/10
      Encore une contribution décalée :

      Et si la question des territoires était l’un des symptômes de la crise morale et de la régression idéologique qui affectent notre société ?

      Le « repli territorial » … ?

      Au cœur, se pose la question de la légitimité.
      L’appartenance territoriale et l’appartenance sociale peuvent-elles rivaliser voire cohabiter comme motifs de légitimation, ou fondement, du politique ?
      Au-delà, comment définir l’intérêt général ?

      Nous connaissons tous les « listes de défense des intérêts communaux » qui fleurissent aux élections municipales, et revendiquent vigoureusement leur apolitisme.
      Brulons les étapes… les paroisses et les fiefs (souvent diocésains) de l’ancien régime ne sont pas trop loin, jusqu’aux tribus animistes pataugeant dans leurs biotopes nourriciers farouchement défendus, il n’y a qu’un saut de puce, c’était hier.

      Nous voici projetés vers des horizons et à des distances qui permettent me semble-t-il d’y voir clair.
      La légitimité de l’appartenance territoriale est indéniable, mais dans quelle direction nous tire-t-elle ?

      Peut-on revendiquer simultanément l’héritage de 1789, de 1848, de 1871, cultiver la mémoire de Condorcet et Jaurès (pour n’en citer que deux), prétendre souscrire à l’universalisme des droits, et se vautrer dans cette ornière là ?

      Il y a comme des odeurs de 14-18, de « chambre bleu horizon » et de maréchal nous voilà qui ne sont guère compatibles…

      Oui le désir et le sentiment de propriété légitiment l’appartenance territoriale, mais en retour elle-même ne légitime rien.
      Non, le territoire ne dit rien, il est apolitique.

      Hors de la question sociale point de politique, cette certitude procède de notre l’histoire, elle est son produit, sa conquête et sa promesse encore inachevée.
      L’impensée, la négation du politique, telle est l’idéologie fondamentalement enracinée, régressive, conservatrice, qui prospère bien au chaud dans la matrice des territoires hérités.

      Comment expliquer cette dérive régressive ?
      Il y a bien sûr la tentation électoraliste de la démagogie ; satisfaire la demande… clientélisme… baronnies et marchandisation du politique… la pente est rude.

      Pour les territoires, il reste toutefois une bouée de sauvetage en forme de question : qui est souverain ?


      Répondre
    • M'hayro le 16/03/10
      J'ai écrit un mémoire sur ce sujet, il parle bien de ce qui doit être changé, après avoir dit ce qui est...
      http://www.memoireonline.com/02/09/1945/m_Vla-de-reuil-ville-nouvelle-au-destin-de-grand-ensemble0.html
      Répondre

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