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Les différents mouvements sociaux qui se succèdent depuis les émeutes de novembre 2005 semblent traduire une crise profonde. Les nouvelles générations sont plongées dans un grand désarroi et leur soutien au système se délite. Les jeunes de banlieue constatent qu'ils n'ont rien à en attendre, les étudiants que leurs diplômes ne leur garantissent pas l'emploi, les trentenaires que l'ascenseur social est en panne.
Sombre tableau. Mais, rappelons-le, il y a bientôt soixante ans que la jeunesse inquiète. Les Blousons noirs des années 1950, les beatniks des années 1960, les hippies du tournant 1970 ont tour à tour donné un visage à cette inquiétude : une frange de la jeunesse refusait de se laisser enfermer dans les codes et les valeurs du monde de leurs parents. Les « Jeunes » sont alors devenus une catégorie à part entière, avec ses aspirations propres, son mode de vie, ses revendications.
C’est au début des années 1980, alors même que les valeurs portées par la génération 68 commencent à s’imposer, que la question se retourne : la jeunesse inquiétait, désormais elle s’inquiète. Aux figures d’une jeunesse libérée se substituent d’autres images, celles d’une rupture non plus choisie mais subie. Touchée de plein fouet par le chômage, la jeunesse n’est plus en quête de liberté, mais d’intégration. Peut-on encore parler de « la jeunesse », d’ailleurs ? Car dans cette nouvelle séquence, les inégalités qui s’étaient estompées durant les Trente Glorieuses resurgissent et se concentrent. C’est l’époque de la Marche des Beurs, qui voit en 1983 les enfants des immigrés maghrébins demander leur place dans la société française. Ceux de la classe moyenne découvrent bientôt qu’ils ne sont pas à l’abri du chômage et de la précarité.
Multiforme, complexe, enfiévrée quelquefois, cette demande d’intégration suscite une série de réponses politiques ayant en commun leur difficulté à trancher.
Faut-il lancer des politiques spécifiques pour les jeunes, ou considérer que leurs problèmes ne sont que l’expression de blocages plus profonds ? Le cas du marché du travail, fortement structuré en France par l’opposition CDI/CDD, peut ainsi suggérer que les divers contrats jeunes ne sont guère qu’un pansement sur une jambe de bois, dans un modèle social qui protège les acteurs en place au prix de l’exclusion ou de la marginalisation des autres. Dans une société où le travail reste la clé de l’intégration, cela ne saurait être sans conséquence. La jeunesse est ainsi malmenée par les problèmes structurels qui affectent les institutions (l’université) ou l’économie (l’emploi, le logement).
Une politique de la jeunesse, dans ces conditions, ne saurait se substituer à d’autres politiques, car c’est l’ensemble du système qui est en jeu. Pour autant on ne peut en faire l’économie, aussi bien parce que la jeunesse subit la plupart des travers du modèle français que pour l’avenir et les promesses qu’elle incarne. Le chantier est vaste, les enjeux capitaux. Le premier est peut-être de construire et d’imposer enfin une représentation correcte des questions, et ce alors même que la représentation politique des jeunes est aujourd’hui problématique. Le débat doit trouver ses interlocuteurs, les solutions ne pourront émerger que dans le cadre d’une confrontation organisée. Les positions et les représentations doivent aussi être intelligibles : c’est tout l’enjeu du présent dossier, que d’aider à cette intelligibilité.
Des chiffres
Selon l’Insee, pour l’année 2007, le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans dans l’UE à 27 est de 15,4 %. Parmi les États membres, le taux de chômage le plus bas a été enregistré aux Pays-Bas (5,9 %) et le plus élevé en Grèce (22,9 %). En France, il s’élève à 19,4%. Vingt et un pays ont connu une baisse de leur taux de chômage sur un an et six une hausse.
Attention, ces chiffres sont à relativiser avec la proportion de jeunes au chômage dans la population totale. Ce qu’on appelle la part des chômeurs est un indicateur plus faible que le taux de chômage, qui mesure la proportion de chômeurs dans la seule population active. Comme beaucoup de jeunes sont scolarisés et que relativement peu ont un emploi, leur taux de chômage est très élevé alors que la proportion de chômeurs dans la classe d’âge est beaucoup plus faible. En 2007, la proportion de jeunes au chômage était de 7,3%.
Plus d’informations sur le site de l’Insee
Selon le CERC, chaque année, 117 000 jeunes sortent du système éducatif sans diplôme.
Des dates
Les différents dispositifs de l’Etat pour lutter contre le chômage des jeunes
1977 : Premier pacte national pour l'emploi des jeunes lancé par Raymond Barre. Le projet est d’inciter les entreprises à prendre des jeunes en stage en échange d’exonérations de charges sociales.
1984 : Laurent Fabius lance les travaux d'utilité collective, c'est-à-dire un travail à temps partiel dans les collectivités locales entre 3 mois et un an.
1994 : Edouard Balladur tentera le Contrat d'insertion professionnelle (CIP) qui proposait des rémunérations d'embauche limitées à 80 % du smic. Des centaines de milliers de jeunes descendent dans la rue. Le projet est abandonné.
1997 : Les emplois-jeunes de Lionel Jospin proposent 22 métiers nouveaux dans des collectivités et associations d’une durée maximale de 5 ans, quelque soit leur niveau de qualification. 350 000 embauches pendant cinq ans dans le secteur public et les associations.
2006 : Le Contrat première embauche (CPE) de Dominique de Villepin propose une période d'essai de deux ans pour les jeunes de moins de 26 ans qui entrent sur le marché du travail. Le projet est retiré après des manifestations massives.
2009 : Nicolas Sarkozy annonce un plan de 1,3 milliards d’euros pour la formation et l’emploi des jeunes, axé sur l’apprentissage et les contrats pro. Objectif : le recrutement de 320 000 apprentis et de 170 000 contrats de professionnalisation d’ici juin 2010.
Les mouvements lycéens et étudiants*
Mars 1973 : Les lycéens, rejoints par les étudiants, sont en grève tout le mois. Ils manifestent contre l’abrogation des sursis militaires au-delà de 21 ans et contre la création du DEUG. Mouvement lycéen le plus important depuis 1968.
Mars-Mai 1976 : Mouvement étudiant contre la réforme du second cycle universitaire, voulant adapter la formation aux besoins du marché du travail. La réforme d’Alice-Saunié-Seité est aménagée mais maintenue.
Nov-Déc 1986 : Mouvement massif des lycéens et des étudiants contre le projet de loi Devaquet, qui prévoit d’augmenter l’autonomie des universités. La mort d’un étudiant, Malik Oussekine, frappé par des policiers donne le coup de grâce à la réforme.
Novembre 1990 : Mécontentement des lycéens, dont le nombre a fortement augmenté, devant les conditions d’accueil et d’études. Un plan d’urgence est obtenu de Lionel Jospin. Certaines manifestations lycéennes se terminent par des pillages de magasins.
Mars 1992 : Mobilisation contre la réforme universitaire et lycéenne de Lionel Jospin.
Mars 1994 : Manifestations et grèves contre le projet de CIP d’Edouard Balladur.
Nov-Déc 1995 : Mouvement de grève étudiante contre les conditions matérielles. Jusqu’à fin décembre, ce mouvement rejoindra le mouvement social des services publics engagé contre le plan de financement de la protection sociale du Premier ministre Alain Juppé. Face à la plus importante grève depuis mai 1968, le gouvernement cède sur la réforme des régimes de retraite, mais maintient ses projets concernant la sécurité sociale.
Oct-Nov 1998 : Mobilisation contre les conditions d’études. Plus de moyens sont demandés à Claude Allègre.
Mai 2003 : Grèves contre le projet de loi de modernisation des universités, présenté par Luc Ferry. Réforme reportée.
Fév-Avril 2005 : Les lycéens défilent contre le projet de loi sur l’école de François Fillon. Il abandonne la réforme du bac mais maintient les autres aspects du projet mais maintient d’autres aspects du projet.
Fév-Avril 2006 : Grèves et manifestations étudiantes et lycéennes contre le projet CPE.
Nov-Déc 2007 : Mobilisation étudiante et lycéenne contre le projet d’autonomie des universités présenté par Valérie Pécresse. Le projet est aménagé mais maintenu.
*Chronologie, p 123 « Regard sur…les jeunes en France », sous la direction de Bernard Roudet, Pul
Des travaux
Le Céreq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications) a mis en place, depuis le début des années 1990, un dispositif d'enquêtes longitudinales sur les premières années de vie active. Il a ainsi suivi les trois premières années passées sur le marché du travail d'un échantillon de 27 000 jeunes représentatifs de l'ensemble de la génération ayant quitté le système éducatif en 1992.
En s'appuyant sur un calendrier décrivant mois par mois la situation des jeunes mais également sur des données plus précises concernant le premier emploi et l'emploi occupé au bout de trois années passées sur le marché du travail, ce dispositif permet non seulement d'analyser les trajectoires d'entrée dans la vie active mais aussi de distinguer, d'une génération à l'autre, les aspects structurels et conjoncturels de l'insertion.
Des travaux, consultables en ligne, ont été réalisés sur la « Génération 92 », la « Génération 98 », la « Génération 2001 » et la « Génération 2004 ».
Le CERC (Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale) a rendu un rapport sur « l’insertion des jeunes sans diplôme ». Dans ce rapport, le CERC compare les politiques publiques mises en place en France avec celles des autres pays européens. Il y aurait 117 000 jeunes qui sortent chaque année du système sans diplôme. Parmi eux, il y a ceux qui sortent sans qualification (c'est-à-dire les élèves qui n’ont pas achevé le premier cycle de l’enseignement secondaire (sortie avant la 3e) ou qui n’ont pas dépassé la première année d’un enseignement professionnel court genre CAP/BEP). Ils sont évalués entre 50 et 60 000.
Consulter le rapport du CERC
L’OVE (Observatoire national de la vie étudiante) réalise tous les trois ans une enquête nationale auprès d'un échantillon représentatif de l'ensemble des étudiants inscrits dans un établissement d'enseignement supérieur français.
Consulter toutes les enquêtes de l’OVE
Martin Hirsch, Haut commissaire à la Jeunesse a mené jusqu’au 30 mai 2009 une concertation sur la refondation d’une politique à l’égard de la jeunesse. La discussion s’est construite autour de 7 piliers : la formation, l’orientation les ressources et la résidence, la citoyenneté et la culture, l’emploi, le logement et la santé (FORCES). Un livre vert en reprend les conclusions.
Un site est dédié aux travaux de la Commission sur http://www.lagenerationactive.fr/
Le site du Haut-commissariat à Jeunesse et à la vie associative : http://www.jeunesse-vie-associative.gouv.fr/
Tout savoir sur les différents types de contrats aidés http://www.associanet.com/docs/cont-aides.html
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