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  • Nos publicationsRevue de presseIEMQuel avenir pour le secteur associatif  ?

    Quel avenir pour le secteur associatif  ?

    - Par Carole Saleres -

     

    Les associations sont traversées par des mutations structurelles qui les conduisent à s’interroger sur leur avenir et surtout sur leur capacité à s’adapter, mais aussi à innover et à proposer de nouvelles réponses sociales.


    La Fonda, think tank associatif (laboratoire d’idées), vient de conduire un travail de prospective intitulé « Faire ensemble 2020 » dont l’objectif est de mettre en perspective les évolutions probables, les risques et les points de vigilance, mais aussi les opportunités à saisir pour les acteurs associatifs. Dans le cadre de ces travaux, une enquête a été conduite auprès des acteurs associatifs. L’ensemble de la démarche a été restitué lors d’une Université d’automne fin 2011.

    Caractériser les défis que doivent relever les associations s’avère délicat, mais il est possible de pointer cinq évolutions et constats qui vont peser fortement sur l’avenir du secteur.

     

    O Une mutation des formes d’engagement et une « volatilité » du bénévolat tout d’abord. La figure du « militant » traditionnel engagé durablement au sein de l’association tend à disparaître au profit d’engagements à géométrie variable, d’intensité plus ou moins forte, ce qui amène à interroger les formes de l’action associative (réseaux affinitaires, fédératifs, d’expertise, thématiques…) sur fond de professionnalisation d’une partie du secteur et de tensions entre les parties prenantes bénévoles et salariées.

     

    O Un modèle économique associatif interrogé. Les associations sont devenues des acteurs économiques importants depuis vingt ans et se sont développées dans des secteurs (tourisme social, service à la personne…) qui se sont ouverts ensuite au secteur lucratif. Elles prétendent mettre en œuvre des activités économiques au service d’une finalité d’intérêt général et d’utilité sociale. Dans un contexte d’émergence de l’entreprenariat social et de forte contraction des financements publics, existe-t-il encore un espace pour un projet associatif économique qui ne serait pas subalterne par rapport à l’État et au monde lucratif ?

     

    O Un changement de paradigme dans la relation à la puissance publique. La relation des associations avec les collectivités publiques est en train de subir une évolution majeure qui conduit à une banalisation de l’association considérée de plus en plus comme un prestataire mis en concurrence dans le cadre d’une commande publique. La réglementation européenne sur la commande publique et sur la concurrence, la réforme des collectivités locales, la rationalisation de l’action publique et la contraction des finances publiques pèsent fortement sur les associations dans leur relation à la puissance publique.

     

    O L’émergence de nouveaux besoins sociaux dans un contexte de grave crise socio-économique. Le vieillissement de la population, la montée en puissance d’une société des « individus », mais aussi la crise des finances publiques, l’accroissement des inégalités et le chômage de masse affectent durablement la manière dont les associations proposent des réponses sociales et dont elles parviennent à viabiliser leur projet.

     

    O Enfin, la contribution des associations à l’intérêt général et leur reconnaissance comme acteur de la société civile. Les associations ont du mal à imposer leur agenda politique à la puissance publique et aux autres acteurs de la société. Leur poids et leur visibilité politique sont quasi nuls. De plus, le monde associatif est morcelé, parfois divisé, avec des concurrences interassociatives fortes et des stratégies d’alliance à redéfinir.

     

    « Si les salariés du secteur sont plutôt pessimistes, les bénévoles, eux, se montrent davantage confiants dans l’avenir. »

     

    Concernant la perception qu’ont les acteurs associatifs de l’avenir du secteur, il est particulièrement intéressant d’analyser ce qui ressort de l’enquête en ligne de la Fonda qui a interrogé près de 1 300 témoins (bénévoles, salariés, administrateurs). Trois éléments sont à retenir :

     

    O En premier lieu, les acteurs associatifs portent un jugement assez sévère, mais finalement lucide, sur les faiblesses des associations : ressources propres insuffisantes, mauvaise qualité de l’emploi, manque de diversité et de renouvellement de la gouvernance, action formatée par les pouvoirs publics, etc.

     

    O Ensuite, on constate un sentiment fort d’inquiétude concernant les évolutions en cours (recul des services, accroissement des inégalités sociales et territoriales, développement des logiques de concurrence…)

     

    O Néanmoins, perdure une confiance du secteur sur sa capacité à peser sur les transformations de la société (80 % des personnes sondées estiment que les associations seront en capacité de peser sur les changements en cours).

     

    Il est à souligner que dans cette enquête, ce sont les salariés du secteur ainsi que les associations ayant recours à l’emploi salarié qui expriment le plus grand pessimisme, tandis que les bénévoles se montrent plutôt confiants dans l’avenir.

     


    QUATRE SCENARIOS POSSIBLES

     

    Le travail de prospective de la Fonda s’est également attaché à esquisser quatre scénarios à dix ans, définis selon cinq paramètres : degré d’ouverture du secteur à la marchandisation, décentralisation et affaiblissement de l’action publique, reconnaissance d’une économie plurielle, engagement individuel et émergence d’une société de la connaissance.

     

    Les scénarios s’arrêtent sur le développement d’une société de marché, la défausse de l’État, le développement d’une biodiversité associative et enfin l’émergence d’individus entreprenants et solidaires. Ces scénarios peuvent paraître un peu schématiques, mais ils ont le mérite de faire émerger les risques pesant sur le secteur, ainsi que les opportunités à saisir pour définir une posture stratégique. La Fonda précise d’ailleurs que ces quatre scénarios ne sont que des simulations et non des prévisions.

     

    En résumé, dans un contexte lourd de menaces et de changements parfois « subis », les associations vont devoir inventer de nouvelles réponses sociales davantage individualisées et inscrites dans le territoire local, proposer de nouvelles formes de militance, construire de nouvelles alliances, se repositionner face à la puissance et surtout coopérer davantage pour continuer à peser dans la société.

     

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