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    • Quel avenir pour le commerce équitable ?
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    Le commerce équitable a le vent en poupe : des taux de croissance à deux chiffres, une notoriété désormais bien établie, une légitimité reconnue par les consommateurs et par les pouvoirs publics. Mais ce succès a son revers : les polémiques entre acteurs, inévitables dans des cercles militants où l’on aime discourir et refaire le monde, ont été relayées par différents ouvrages qui ont instruit le procès des principaux opérateurs.

     

    La Ligue de l’enseignement est membre de la Plate-forme pour le commerce équitable (PFCE), mais elle n’a pas vocation à jouer les arbitres. En revanche il nous est apparu important d’éclairer les enjeux et les tensions qui traversent ces mondes militants, ne serait-ce que pour aider nos propres adhérents à y voir plus clair, à démêler les débats et les tensions qui animent ce monde en pleine évolution.

     

    Cette ambition est précisément ce qui nous a conduits à adhérer à la PFCE : le modèle du commerce équitable met en jeu l’idée d’une consommation éclairée, consciente de ses conséquences, qui est très proche de notre conception de la citoyenneté. L’idée d’éduquer les consommateurs rejoint également, sur un mode original mais en prise avec les réalités d’aujourd’hui, le projet d’éducation populaire porté par la Ligue depuis ses origines.

     

    Et il ne faut pas s’y tromper : si l’enjeu premier du commerce équitable est le soutien apporté aux producteurs du sud, l’action menée au nord n’en est pas moins porteuse de sens. Nos comportements de consommateurs sont aussi structurants que notre travail : c’est aussi en consommant que nous façonnons le monde qui nous entoure, et que nous nous définissons nous-mêmes. Or ces comportements sont conditionnés par le marketing et la publicité, enfermés dans des choix contraints, isolés de leurs conséquences sociales. Nous consommons à l’aveugle, et c’est tout un pan de notre rapport au monde qui se définit ainsi par cet aveuglement passif. Est-ce vraiment ce que nous voulons ?

     

    Sortir de cette passivité est un enjeu fort. Un enjeu qui ne saurait rester le lot d’élites militantes éprises de pureté, qui ne devrait pas non plus être le geste élégant des plus aisés, amateurs de quinoa. Ce pourrait être au contraire l’une des clés d’une citoyenneté renouvelée. Le libre choix du consommateur peut être éclairé par une meilleure information. Cette information, les garanties qu’elle propose et les modèles pluriels qu’elle dessine peuvent être mis en débat, au sein des collectifs mais aussi dans la sphère publique et pourquoi pas dans l’agenda politique.

     

    Les acteurs du commerce équitable rêvent de changer les règles du jeu. C’est un rêve militant qui pourrait se briser sur le roc de la régulation du commerce international : car il n’est rien de plus régulé que ces échanges et plus on les régule, plus on offre d’espace à ceux qui ont les moyens de peser, techniquement et politiquement, sur les instances de régulation. En revanche faire évoluer les pratiques, faire émerger des normes, contribuer à mettre en forme des préférences collectives mal représentées aujourd’hui sont des enjeux qui ont du sens.

    Quels engagements ?

    Longtemps confiné dans des réseaux militants très étroits, le commerce équitable s’est aventuré du côté de la grande consommation. La dimension fortement militante des réseaux initiaux est-elle remise en cause ?
    • Les consommateurs sont au cœur d’une démarche qui cherche à les responsabiliser, et au-delà à les faire entrer dans une démarche militante, explique Vincent David, ancien responsable de la communication chez Max Havelaar France. Lire l'article
    • Mais en cherchant à se développer le commerce équitable ne risque-t-il pas d’abandonner cet esprit militant et de se laisser déposséder de son projet par des acteurs uniquement soucieux de faire des affaires ? C’est la question qui s’est posée il y a quelques années avec la polémique sur la grande distribution. Lire l'article
    • La démarche des associations peut rencontrer le désir du consommateur. Spécialiste du marketing et de la sociologie de la consommation, Nil Toulouse observe que la mondialisation est associée au sentiment grandissant de ne plus avoir de « prise » sur le monde : la consommation équitable peut alors apparaître comme un moyen de « reprendre la main ». Lire l'article
    • Virginie Diaz Pedregal (GRET) explique que les tensions au sein du secteur renvoient à des clivages idéologiques profonds : chaque acteur défend sa propre vision du commerce équitable et ces visions reposent sur des conceptions de la justice différentes. Mais face à la divergence des pratiques et à la multiplication des acteurs, des espaces d’échange et de concertation se sont développés, formalisés et structurés. Lire l'article
    • L’éducation des consommateurs, et notamment des jeunes, est un enjeu qui rencontre les préoccupations d’autres associations, et notamment celles réunies au sein de la Ligue de l’enseignement. Secrétaire national de la Ligue délégué au développement durable, Nicolas Sadoul explique pourquoi celle-ci s’est engagée dans la Plate-forme pour le commerce équitable. Voir la vidéo A la Une.
    • Les associations sont structurées et animées par des réseaux de bénévoles qui sont aussi des adhérents : Claude Chosson, responsable de la vie associative chez Artisans du monde, explique l’importance d’assumer une activité marchande sans renoncer à être une vraie association et à faire vivre une démocratie interne. Voir la vidéo A la Une.

    Quelles stratégies ?

    Les acteurs de la filière sont engagés dans une démarche économique. Pour en éclairer la portée et la pertinence, il faut la replacer dans le contexte de la mondialisation : si nombre d’acteurs portent un discours altermondialiste, leur action ne prend vraiment sens que dans la mondialisation.
    • L’économiste Antoine Bouët, professeur à l’université de Pau, rappelle tout en se démarquant de la vision souvent simpliste de la Banque mondiale que l’ouverture commerciale est une condition essentielle du développement pour les pays pauvres. La vraie question est d’en assurer les conditions. Extrait 1. Lire l'article
    • Il faut néanmoins distinguer les États les plus pauvres et leurs habitants les plus pauvres, précise l’économiste Ann Harrison, de Berkeley. Ces derniers peuvent-ils profiter de l’ouverture des frontières? Oui, si les États ou d’autres acteurs leur fournissent une meilleure éducation, un accès plus large aux infrastructures et au crédit, à la santé publique et à la technologie : les conditions en somme d'une insertion durable dans les marchés du travail, pour les salariés, ou des biens, pour les producteurs indépendants. L’accompagnement devient alors la question essentielle. Lire l'article
    • Le risque de l’ouverture commerciale, explique encore Antoine Bouët, est de voir certains acteurs, plus gros et mieux capitalisés, capter l’essentiel des bénéfices. Extrait 2. Lire l'article
    • Le sociologue Ronan Le Velly explique que la construction du commerce équitable implique des arbitrages. Le triple choix de travailler avec des producteurs marginalisés, de garantir la qualité des produits et d’établir une relation directe et durable associe des logiques différentes, qui peuvent entrer en conflit. Des arbitrages sont alors inévitables, notamment si l’on veut jouer la qualité et éviter, ce qui est l’un des enjeux fondateurs du mouvement, de « faire la charité ». Lire l'article
    • Les acteurs du commerce équitable ont longtemps privilégié des démarches privées, mais dans le même temps ils ont comme objectif de changer les règles : comment s’articulent l’action collective et le recours éventuel aux pouvoirs publics ? Réponse avec Georges d’Andlau, président de la Plate-forme pour le commerce équitable. Lire l'article
    • Chercheuse au Centre de sociologie des organisations (Sciences Po) et auteur de "la consommation engagée" (Sciences Po, les Presse, collection "Contester"), Sophie Dubuisson-Quellier montre enfin qu’au-delà de l’impact économique, modeste, c’est avant tout dans la capacité à infléchir l’agenda politique que se situent les stratégies, et les succès, des acteurs du commerce équitable. Voir la vidéo A la Une.

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    Définition

     

    Selon la définition retenue par les acteurs du réseau FINE, « le commerce équitable est un partenariat commercial, fondé sur le dialogue, la transparence et le respect, dont l'objectif est de parvenir à une plus grande équité dans le commerce mondial. Il contribue au développement durable en offrant de meilleures conditions commerciales et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés, tout particulièrement au Sud de la planète. Les organisations du Commerce Equitable (soutenues par les consommateurs) s’engagent activement à soutenir les producteurs, à sensibiliser l’opinion et à mener campagne en faveur de changements dans les règles et pratiques du commerce international conventionnel. »

     

     

    Le commerce équitable et ses structures


     

    L’association FLO rassemble les organismes de labellisation du commerce équitable et les réseaux de producteurs certifiés. La certification FLO porte sur les produits et non sur les entreprises. Aujourd’hui, elle gère et promeut le label « Fairtrade - Max Havelaar », un label international de droit privé apposé sur des produits de différentes marques.

    En 2003, FLO sépare son activité de certification en créant l’entreprise FLO-Cert.

     

    FLO-Cert s’assure que le cahier des charges de FLO est bien respecté et que les producteurs perçoivent bien le revenu de leurs produits. En 2007, 586 organisations de producteurs et de travailleurs dans 59 pays du Sud, regroupant plus d’un million de producteurs étaient concernées par le label.

     

    L'association WFTO (Worl Fair Trade Organization), anciennement IFAT, a lancé l’accréditation FTO (Fair Trade Organization). Elle certifie le commerce équitable des organisations.

     

    Le réseau NEWS rassemble les différents réseaux nationaux des magasins spécialisés.

     

    L’EFTA rassemble 11 importateurs de produits du commerce équitable européens.

     

    Ces 4 fédérations sont regroupées dans un réseau informel : FINE.

     

     

    En France

     

    La Plate-forme pour le Commerce Equitable (PFCE) est un collectif national de concertation et de représentation d'acteurs de commerce équitable français. Elle regroupe 39 institutions, qui réalisent 80% du commerce équitable en France. La Charte du Commerce Equitable, respectée par tous les membres de la Plate-Forme, définit les engagements impératifs (travailler d’abord avec les producteurs les plus défavorisés, refus du travail forcé ou de l’exploitation des enfants…) et les critères de progrès (prise de décision démocratique, valorisation des potentiels au niveau local, respect de l’environnement…) du commerce équitable. La PFCE est membre de la WFTO.

     

     

    Artisans du Monde est une association française fondée au début des années 70. Sa spécificité est le développement de réseaux commerciaux indépendants des grandes chaînes de distribution. C'est le choix d'une filière intégrée, selon les principes internationaux de l'IFAT qui garantit que tous les maillons de la chaîne commerciale sont des acteurs du commerce équitable, et qui se différencie de la filière labellisée (garantie par produit).

     

     

    Alter Eco est une PME française spécialisée dans l'importation et la distribution de produits du commerce équitable, créée en 1999 et devenue aujourd'hui une des principales entreprises françaises de commerce équitable. Le mode de garantie utilisé est conforme au mode de distribution qu'elle a choisi. Il s'agit essentiellement d'une garantie par produits : parmi les produits qu'elle distribue, tous ceux qui font l'objet d'une certification par FLO portent le label Max Havelaar, et les autres sont issus de coopératives ayant fait l'objet d'un audit récent.

     

     

    Minga  est une fédération de citoyens, d’associations et d’entreprises qui participent à des démarches et des initiatives pour un commerce plus équitable. Elle constitue une fédération française d'acteurs du commerce équitable au même titre que la PFCE. L'association regroupe des PME, TPE ou des associations officiant dans tous types d'activités (importation, vente en gros, vente détail, prestation de service...) et secteurs d'activités (restauration, alimentaire, artisanat, tourisme, textile...).

     

    Des chiffres

     

    En 2007, le commerce équitable a fait 2,3 milliards d 'euros de chiffres d'affaires dans le monde. 

     

    Le chiffre d’affaires total du commerce équitable en France en 2007 s’élève à 241 millions d’euros. Le secteur a donc plus que doublé entre 2004 et 2007, ce qui correspond à une croissance annuelle moyenne de 37 %.

     

    Cette forme alternative de commerce bénéficie à plus de 1,5 millions de producteurs et d’artisans, qui font vivre plus de 5 millions de personnes, dans plus de 50 pays.


    Les Grandes et Moyennes Surfaces
    (GMS) représentent 63 % des ventes totales de produits issus du commerce équitable pour un montant de 108 millions d’euros.

    Le commerce équitable est un secteur jeune : 54 % des structures ont moins de 5 ans d’existence.

     

    Le café équitable reste le premier produit acheté par les ménages. Il représente 5% des ventes de café en France

     

    Par an, les Français dépensent 3,8 euros pour le commerce équitable. Les Suisses 18 euros.

     

    En Suisse en 2006 : 50% des bananes consommées proviennent du commerce équitable.  15 à 20% concernant les ananas , le miel et le sucre représentent. Au Royaume-Uni: les bananes, le thé et le café dépassent les 5% de parts de marché.

     

    Le label Max Havelaar représente 95% du commerce équitable au niveau mondial, autour de 85% en France.

     

    Chiffres issus de: « Le commerce équitable en France en 2007 », étude commanditée par le ministère des Affaires étrangères et européennes et par la Plate-forme pour le Commerce Equitable sur le commerce équitable en France et réalisée par le GRET (Groupe de Recherche et d’Échanges Technologiques) de mars à octobre 2008. Etude consultable sur le site de la PFCE

    Vos commentaires

    • Dequier le 26/10/09
      Dans le système capitaliste ce sont la concurrence et la recherche du profit qui sont à la base de l'économie. La main mise de la finance (bourse et spéculation) pousse actuellement ces principes jusqu'à l'absurde : destruction de l'industrie, appauvrissement général...

      N'est-ce pas une illusion de vouloir aller à l'encontre des règles du marché en utilisant le marché ?

      La solution ne serait-elle pas plutôt de changer les règles ? par exemple abolir l'exploitation de l'Homme par l'Homme, interdire la propriété privée du bien commun...

      Répondre
    • Elisabeth le 21/10/09
      Le commerce équitable :
      Attention de ne pas perdre son âme.
      il faut faire en sorte que ce soit une bonne chose pour les petits producteurs, il faut que ce soit pour "les petits", ceux qui en ont besoin et que ça ne devienne pas du commerce pour enrichir "les riches" encore une fois...
      Je ne pense pas que développer les produits du commerce équitable en grandes surfaces soit une bonne idée...
      Répondre

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