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On peut reconnaître la qualité d’une démocratie à la façon dont elle conçoit et met en œuvre la justice pénale. Or la France semble avoir un problème avec la prison : elle figure en mauvaise place dans la plupart des comparaisons internationales et l’opinion publique ne semble guère s’en émouvoir.
Pour inviter leurs concitoyens à s’intéresser aux détenus, certains militants déclarent que ce sont des gens comme vous et moi. Comme le note le sociologue Philippe Combessie, c’est passer un peu vite sur le tri opéré par l’ensemble du corps social et matérialisé par les décisions de justice pénale d’envoyer certains justiciables en prison, certains plutôt que d’autres.
La vérité est qu’il y a aussi en prison des gens comme vous et moi, mais que cela ne suffit pas à transformer notre indifférence en intérêt. Dans un livre paru en 2003, James Q. Whitman interrogeait le fossé grandissant entre les politiques pénales européennes et américaines. Il relevait qu’aux États-Unis, la prison est de plus en plus nettement associée à des minorités ethniques. En termes crus, les autres. On peut se demander si les pays européens ne sont pas en train de suivre le même chemin, s’obsédant de sécurité et mettant à l’ombre une part croissante de la population, comme pour ne plus la voir. On annonçait certes récemment le développement de prisons sans barreaux, s’inspirant d’expériences étrangères. Mais plutôt qu’une inflexion décisive de la politique pénale, ne serait-ce pas simplement un moyen commode de répondre à la surpopulation carcérale, qui a son coût ?
Il faut avoir le courage de poser la question : nos sociétés croient-elles encore en la réinsertion ? L’institution et les politiques publiques semblent se désintéresser de cette ambition pourtant inscrite dans la loi. Mais sur le terrain, des acteurs se battent. Militants, autorités indépendantes, professionnels pris dans les rapports sociaux complexes de l’univers carcéral, des voix s’élèvent pour rappeler à ceux du dehors l’existence et la dignité de ceux du dedans, pour réaffirmer leur vocation à réintégrer notre monde.
L’idéal de l’éducation populaire porté par la Ligue de l’enseignement prend ici tout son sens. Il ne s’agit pas d’offrir une simple « remise à niveau » à un public spécialement défavorisé, en espérant le voir s’insérer aisément sur le marché du travail et ainsi dans la société. L’enjeu est bien plus décisif. Il s’agit de permettre à des hommes et des femmes de se ressaisir de leur propre vie. D’opérer un retour sur soi, de formuler un projet. La peine n’a de sens que si elle s’applique à un sujet. Et un sujet suppose une parole. L’accès à cette parole ne va pas de soi ; c’est pourtant bien ce qui est en jeu dans le pari de la réinsertion, et c’est pourquoi la question de l’enseignement est centrale.
La parole hésitante des personnes a pour revers la parole empêchée du collectif. C’est l’un des archaïsmes de l’institution, qui contribue à expliquer la violence et la froideur des rapports sociaux en son sein : il n’existe aucune reconnaissance juridique de la parole collective des détenus. Permettre aux aspirations et aux doléances individuelles de s’insérer dans une formulation collective, autoriser une représentation et favoriser la confrontation organisée des parties prenantes, ne serait-ce pas un progrès décisif ?
En 2009...
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Association française de criminologie
Journal d'un avocat : la comparution immédiate vue par maître Eolas
La justice des mineurs doit-elle changer ?
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