Pour un collège qui ne laisse aucun élève à l’écart

p10-classe (1)La réforme du collège présentée par Najat Vallaud-Belkacem réaffirme le principe d’un collège unique au service de la réussite éducative de tous. Nous partageons évidemment cette ambition et la volonté de refonder un collège aujourd’hui peu efficace pour assurer à tous la maîtrise d’un socle réellement commun, véritable « zone de tri » du lycée et qui amplifie les inégalités sociales.

Pour éviter un tri précoce par l’échec et tenir compte des spécificités de chaque élève, la réforme propose de sortir d’une approche exclusivement disciplinaire, et de pratiques d’évaluation qui pénalisent particulièrement les élèves les plus fragiles. Le nouveau socle commun de connaissances, de compétences et de culture, centré sur les acquis des élèves, doit ainsi inspirer une nouvelle approche des contenus et des disciplines, et le développement de pédagogies interdisciplinaires et mieux adaptées à la diversité des élèves. A cet égard, la création des enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) constitue une concrétisation intéressante de ces ambitions.

La marge de manœuvre de 20% du temps consacré à de nouvelles modalités d’enseignement est un pari qui suppose l’accompagnement et le renforcement des logiques locales d’équipes et de projets. C’est un levier essentiel qui ne doit pas remettre en cause le principe d’une scolarité commune et doit encourager de nouvelles pratiques pédagogiques de différenciation : accompagnement personnalisé, travail en petits groupes…

L’affirmation du collège comme lieu d’épanouissement et de construction de la citoyenneté nous semble fondamentale dans la perspective de lutte pour la justice et la cohésion sociale. Elle est cohérente avec le domaine 3 du nouveau socle et les objectifs de l’enseignement moral et civique, autour des logiques d’émancipation et d’engagement. Mais le renforcement de la démocratie collégienne ne doit pas uniquement reposer sur le développement d’instances, mais aussi sur l’accompagnement des jeunes à la prise d’initiatives et de responsabilité et à l’exercice d’une citoyenneté critique (expériences associatives, création de nouveaux médias d’expression, etc.).

Enfin, afin de promouvoir la réussite éducative de tous, il nous semble impératif de travailler sur l’ouverture du collège sur son territoire et de renforcer ses liens avec les familles notamment. Le renforcement d’une réelle continuité entre le primaire et le collège via la mise en œuvre d’un nouveau cycle 3, la possibilité d’ouverture du collège (y compris en dehors des heures de cours) afin d’accueillir les partenaires de la communauté éducative locale, la lutte contre la « ghettoïsation », constituent des pistes essentielles à développer.

Permettre aux jeunes de franchir ensemble dans la réussite et la confiance les dernières années de la scolarité obligatoire, c’est faire le choix d’une société plus juste et solidaire, une France commune et diverse.