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    Et si on commençait par sortir des évidences ?


    57 % des Français sont favorables à un arrêt du nucléaire, révélait le 13 avril une enquête Opinion Way, qui précisait aussi que 72 % d’entre eux refuseraient de payer leur électricité plus cher. Il y a donc de quoi débattre. Or, c’est précisément ce qui semble le plus difficile, sur cette question, sensible entre toutes, du nucléaire français.

    La première difficulté tient à l’arrière-plan historique, marqué par un fossé entre deux mondes qui s’ignorent. D’un côté, une technocratie scientiste, tirant une partie de sa légitimité de la certitude d’œuvrer pour le bien commun. De l’autre, une radicalité échevelée, nourrissant la chimère d’une extension de ses croyances au commun des mortels. Deux univers de certitudes. Et au milieu, une population peu informée des enjeux, peu soucieuse de s’en emparer.

    On aurait pu continuer ainsi pendant plusieurs décennies, mais deux éléments ont ébranlé cette caricature de débat public. Le premier est le passage au premier plan des préoccupations climatiques, qui ont amené à repenser globalement la question de la production et de la consommation d’énergie. Le second est l’accident dramatique survenu à Fukushima au mois de mars, qui a conduit un certain nombre de pays à s’interroger sérieusement sur l’opportunité de sortir du nucléaire.

    Réfléchir à chaud est rarement de bonne méthode, et par ailleurs l’importance de cette source d’énergie dans le modèle français incite à ne pas calquer notre réflexion sur celles de nos voisins. C’est la deuxième difficulté : la France n’est pas l’Allemagne, ni la Suisse. Mais nul ne disconviendra que s’il y a quelques mois encore, une relance des programmes nucléaires était sérieusement à l’ordre du jour, la donne a changé. Ce n’est pas seulement une question d’acceptabilité sociale dans notre pays. C’est aussi une question de contexte mondial et de perspectives de développement pour les champions français de la filière. Car le nucléaire, ce sont aussi des emplois et un tissu économique qu’on ne saurait ignorer.

    Le monde des acteurs industriels est aujourd’hui contraint de reprendre sa réflexion et les lignes bougent chez les politiques. Un débat s’amorce, qu’il s’agit aujourd’hui de faire vivre. La complexité de ses enjeux interdit de laisser prendre la décision par des acteurs qui ne réfléchiraient qu’en fonction d’un ou deux critères : le pouvoir d’achat ou l’emploi pour les politiques, le développement industriel pour les acteurs économiques. Mais pour éviter cet appauvrissement du débat, il est essentiel que les acteurs qui militent pour une sortie du nucléaire affinent leurs arguments et apprennent eux aussi à raisonner globalement, en refusant la tentation de la simplification du réel.


    Le travail des experts est ici indispensable. Si l’on veut que les deux camps puissent se comprendre, ou parler le même langage, il faut interroger la cohérence des positions, mettre en lumière leurs points faibles, en discuter, tout simplement. Il y a dans les positions des uns et des autres des points d’aveuglement qu’il est essentiel de repérer, de décrypter, d’éclairer.


    L’engagement des citoyens et de la société civile est tout aussi nécessaire, si l’on veut développer un espace commun de diagnostic et de propositions. Le nucléaire est au fond emblématique de l’évolution des manières de concevoir les politiques publiques. Une décision technocratique ne serait plus acceptée aujourd’hui et, dans un environnement incertain et complexe, la variété des points de vue est une nécessité absolue. Il nous reste beaucoup à apprendre pour construire des décisions vraiment démocratiques. Cela commence aujourd’hui.

     

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    Les conditions politiques sont-elles réunies ?

    • L’héritage technocratique apparaît comme l’une des contraintes du débat. Comment s’est noué le consensus entre politiques, responsables administratifs et acteurs industriels ? Le point avec Philippe Simonnot, qui avait publié l’un des premiers livres sur les « nucléocrates ». Lire l'article
    • L’accident survenu à Fukushima a-t-il fait bouger les lignes dans le monde politique français ? Différentes lignes de clivages se dessinent entre les partis et en leur sein. Certaines demeurent, d’autres se déplacent, qui permettent d’imaginer une reconfiguration. Lire l'article
    • L'Allemagne s’est engagée il y a dix ans dans une sortie programmée du nucléaire, mais s’il existe un consensus les débats demeurent. Le nucléaire pourrait être la clé d’une reconfiguration générale du jeu politique dans les prochaines années, explique le politologue Henrik Uterwedde. Lire l'article
    • Comment la démocratie peut-elle traiter de questions aussi complexes que le modèle énergétique ? Si la technique du référendum apparaît peu pertinente, sans renoncer au principe de la représentation on peut user de méthodes participatives, explique Dominique Bourg. Lire l'article

    Quels enjeux économiques ?

    • Pour débattre et pour décider, citoyens et politiques doivent être informés des enjeux et des faits. Une expertise indépendante est spécialement nécessaire dans un champ aussi clivé que la question du nucléaire, où deux camps s’affrontent en laissant bien souvent la rhétorique l’emporter sur les faits. Le témoignage de Benjamin Dessus, président de l’association Global Chance. Lire l'article
    • Guillaume Duval, rédacteur en chef du mensuel Alternatives économiques, revient sur quelques-uns des aspects du débat pour remettre en perspective les enjeux industriels et énergétiques d’une sortie progressive du nucléaire. Lire l'article
    • L’économiste Alain Grandjean propose des éléments de méthodologie pour mieux évaluer la question des coûts de production et de la facture finale pour les consommateurs, qui est centrale dans le débat sur la sortie du nucléaire. Lire l'article
    • Le nucléaire est aussi un secteur industriel, avec des emplois. On peut penser l’après-nucléaire dans le cadre d’une stratégie industrielle, en articulant les contraintes futures à des opportunités pour les acteurs du secteur. Lire l'article

    Bibliographie

     

    • Le Rayonnement de la France. Énergie nucléaire et identité nationale après la Seconde Guerre mondiale, Gabrielle Hecht, La Découverte, 2004 .
    • L’Économie de l'énergie nucléaire, Évelyne Bertel, Gilbert Naudet, EDP Sciences, 2004.
    • Le rapport Charpin-Dessus-Pellat de 2000
    • Le rapport parlementaire sur la durée de vie des centrales nucléaires et les nouveaux types de réacteurs, par les députés Christian Bataille et Claude Birraux (Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques), 2003
    • Les enjeux techniques et économiques du démantèlement, sur le site du CEA 
    • So watt ? : L'énergie : une affaire de citoyens, Benjamin Dessus et Hélène Gassin, L’Aube, 2005.
    • Vers une démocratie écologique. Le citoyen, le savant et le politique, Dominique Bourg et Kerry Whiteside, Seuil/La République des idées, 2010.
    • Le Nucléaire en Europe : quel avenir ?, Sami Andoura, Pierre Coëffé, Maria Dobrostamat, Notre Europe, 2011.

     

    Les débuts du nucléaire français :

    • Les Nucléocrates, Philippe Simonnot, Presses universitaires de Grenoble, 1976.
    • Louis Puiseux, La Babel nucléaire, Galilée, 1977.
    • Composition de la Commission PEON, qui a pris les décisions des années 1970.

    Vos commentaires

    • jean-jacques kachrillo le 06/07/11
      Salarié d'une filiale d'Areva et ayant cherché de l'uranium pendant 13 ans (et donc connaissant un peu le sujet), j'ai trouvé votre présentation objective et très intéressante (ce n'est pas si fréquent que ça d'un coté comme de l'autre et ça mérite d'être souligné).
      Quelques précisions. L'uranium combustible ne représente que 8% du coût total et la ressource se trouve dans des pays plus surs que pour le pétrole tels que le Canada ou le Kazakhstan, sans parler des ressources qu'on a en France et qui ne sont pas exploitées, mais vu la réaction de mes concitoyens face à l'industrie minière, je doute qu'elle le soit un jour.
      En ce qui concerne la sécurité, je crois qu'il faut impérativement que le nucléaire (comme les gaz de schistes d'ailleurs) reste sous contrôle de l'Etat et n'obéisse pas à la logique capitaliste comme aux US ou Japon qui autorise à faire n'importe quoi du moment que ça rapporte ; la sécurité passe avant l'EBITDA et toutes sortes de ratios financiers. EDF n'est pas encore privé bien qu'EDF claque sa trésorerie dans des aventures aux US ou ailleurs pour faire comme les grands groupes privés. Rien n'est perdu dans ce domaine et on peut espérer que l'Etat y regardera à 2 fois avant de privatiser EDF.
      L'éolien et le solaire sont des énergies d'appoint et le resteront encore longtemps, car malgré tout l'argent investi, par les allemands entre autres, l'efficacité énergétique reste encore trés faible. Faites la conversion entre la production nucléaire et l'éolien, et vous verrez qu'il faut installer une éolienne tous les 1/2 km² pour avoir l'équivalent et encore en admettant que ça marche tous le temps, car il y a des tas d'endroits où on ne peut pas en mettre (je suis parti des chiffres donnés par un leader écologiste anti).
      Mon opinion est que nous Français compte tenu de nos ressources naturelles n'avons pas trop le choix (un exemple parmi d'autres:on n'a pas de charbon les allemands en ont et je me demande bien comment ils feront pour remplacer leur nucléaire sans utiliser bcp plus de charbon; bonjour le réchauffement par effet de serre!), Un nucléaire étatisé plus du solaire et de l'éolien pour le local (on doit pouvoir faire mieux que les champs de moulin à vent actuels et faire encore plus décentralisé)
      En ce qui concerne les déchets, je partage votre point de vue, mais ayant visité le site de stockage de La Hague pour les hautes activités, je trouve qu'on aurait mieux fait de les laisser dehors sous bonne protection (c'est le cas à la Hague où en 88, ça représentait à peine 2 courts de tennis couverts avec un système réversible et sur (on pouvait s'y promener dessus) en attendant qu'on trouve une solution technologique approprié, plutôt que les mettre à 500m sous terre dans des conditions de réversibilité douteuses. Mais bon, comme les Suédois (à prendre en exemple pour le meilleur et pour le pire) et bien d'autres avaient choisi cette solution, on a fait comme eux.
      En ce qui concerne les accidents eux-mêmes, Fukushima a résisté au tremblement de terre mais pas au tsunami consécutif; les procédures de Tepco étaient aussi des plus aléatoires, TMI aux US (boîte privée), ça s'est finalement pas si mal fini que ça, quant à Tchernobyl, la culture de la sécurité n'était pas du tout dans les moeurs des popofs et on a vu le résultat. Donc je crois qu'en prenant les bonnes mesures de sécurité (et je pense que chez nous elles le sont quoiqu'on peut encore pouvoir faire mieux, le nucléaire est une bonne solution ( et puis surtout, on n'en a pas tellement d'autres). Associons le avec du solaire pour le résidentiel et de l'éolien pour le délocalisé ( le village à la campagne loin des sites industriels).
      Répondre
    • Manifestation Anti Nucleaire Paris 11 juin journée d’action internationale Manifestation 14h30 – Départ République/Paris le 01/06/11
      Manifestation Anti Nucleaire Paris
      11 juin journée d’action internationale
      Manifestation 14h30 – Départ République/Paris
      http://www.sortirdunucleaire75.org/

      200.000 Manifesteurs expected this month in Paris - le PLUS GRAND DU MONDE !
      Manifestation Anti Nucleaire 11th (each month) Paris = Ironman Hawaii WorldChampionship Anti Nucleaire
      http://www.youtube.com/watch?v=cDv7CpEnNzY&feature=related

      Anti Nuclear Demo: 11 June 2011, Departure République, Paris, FRANCE – Anti Atomkraft Demo am 11. Juni 2011, Treffpunkt: République, Paris, Frankreich.

      Organize in time busses and trains to get to Paris - THIS IS THE MOST IMPORTANT DEMO IN FRANCE...takes place 1x per month...check www.sortirdunucleaire75.org for details.

      Rechtzeitig Busse und Mitfahrgelegenheiten von Deutschland organisieren. Diese Demo ist die WICHTIGSTE Anti Atom Demo im Moment in Frankreich weil DIREKT in Paris.
      Youth Hostels Paris: www.fuaj.org/
      Please arrive 2-3 days earlier in Paris to post thousands of A6 Demo-Flyers EVERYWHERE in Paris....merci !!

      www.sortirdunucleaire75.org/
      www.facebook.com/event.php?eid=116727841745859
      www.sortirdunucleaire.org/
      www.lesverts.fr/
      www.greenpeace.fr/
      www.sortirdunucleaire.ch/


      2)
      Nuclear Plants in Earthquake Area (7,0-8,0) in France:
      Centrale Fessenheim 2 Réacteurs (=Oberrheingraben)
      Centrale Bugey 4 Réacteurs (Major Fault Line! African/European Plate)
      Centrale St-Alban 2 Réacteurs (Major Fault Line! African/European Plate)
      Centrale Cruas 4 Réacteurs (Major Fault Line! African/European Plate)
      Centrale Tricastin 4 Réacteurs (Major Fault Line! African/European Plate)
      Centrale Marcoule 4 Réacteurs (Major Fault Line! African/European Plate)


      Nuclear Plants in Earthquake Area (7,0-8,0) in Switzerland:
      Centrale Beznau (Major Fault Line African Plate/European Plate)
      Centrale Gösgen (Major Fault Line African Plate/European Plate)
      Centrale Mühleberg (Major Fault Line African Plate/European Plate)
      Centrale Leibstadt (Major Fault Line African Plate/European Plate)

      www.facebook.com/sortirdunucleaire75#!/photo.php?fbid=167832133270055&set=pu.163293117057290&type=1&theater
      www.facebook.com/sortirdunucleaire75#!/photo.php?fbid=174137335972868&set=pu.163293117057290&type=1&theater

      Professeur Eidgenössische Technische Hochschule Zürich Seismologie:
      www.dradio.de/dlf/sendungen/wib/1415689/

      Christchurch Earthquake Feb 2011, Magnitute 6,3:
      www.stuff.co.nz/national/christchurch-earthquake/videos
      www.stuff.co.nz/national/christchurch-earthquake/photos

      www.heise.de/tp/artikel/34/34540/1.html
      www.greenpeace.de/fileadmin/gpd/user_upload/themen/energie/DerPlan.pdf
      www.greenpeace.de/themen/energie/nachrichten/artikel/greenpeace_legt_plan_fuer_energiewende_vor-1/

      Its not a joke but its true.......9 Atomic plants on the major Fault Lines (African Plate / European Plate) in the French and Swiss Alpes with > 20 reactors operating in the WORST Earthquake Area in Europe, the SwiSS and French Alpes.
      La France a 20 Reacteurs et ARMES NUCLEAIRE dans la plus dangereuse region sismique. Super-GAU en France = 1 Million annes evacuation !

      Répondre

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    Quel avenir pour le commerce équitable ?

    En plein essor mais encore confidentiel à l'échelle internationale, le commerce équitable est à un véritable tournant. Quelle va être son évolution ? Le commerce équitable peut-il perdre son âme comme certains le pensent depuis qu'il est présent dans la grande distribution ? Peut-il peser sur le commerce mondial ? Retrouvez les avis des experts, des acteurs, des économistes qui font le débat.
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    L'école peut-elle réaliser l'idéal républicain?

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    Quelle économie pour la culture ?

    Avertissement, coupures internet, amendes, prison... telle est la riposte graduée mise en place par la loi Hadopi 2 pour dissuader les internautes de télécharger illégalement. Difficilement applicable et répressive, cette loi serait-elle un écran de fumée qui masquerait les vraies questions ? Comment mettre en place un nouveau dispositif de rémunération sur la toile pour les auteurs et les interprètes ? Comment ne pas brider un droit à l’information élémentaire et une large diffusion de la culture sans porter préjudices aux artistes ? Nous vous proposons d’en débattre.
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