L’éducation populaire en question(s)

Et si notre société avait besoin plus que jamais de réels éducatifs ambitieux en direction de toute la population ?

En essayant de se départir du sens commun propre à tout groupe constitué, la question mérite d’être sincèrement posée. En effet, la fulgurance des changements sociaux et économiques, des révolutions à l’oeuvre dans les sciences et les technologies modifie profondément la structure même des sociétés sans que cela ne fasse vraiment l’objet de débats démocratiques visibles. Pourtant les chercheurs l’affirment : les champs de connaissances scientifiques sont bouleversés, transformés tous les trois ans. Les débats électoraux et civiques n’y font pourtant pas allusion.

Cependant, comme nous le montre l’histoire de l’éducation populaire (lire la contribution de Jean-Paul Martin), il semble bien qu’il y ait conjonction des révolutions scientifiques et techniques et des évolutions démocratiques. Nécessairement. L’éducation populaire est donc bien une notion mutante. Elle n’est pas définie une fois pour toutes. Elle doit être reconsidérée dans son contexte historique pour en percevoir ses caractéristiques, notamment selon l’acception philosophicopolitique conférée au peuple (lire les définitions de « peuple » et la contribution de Joël Roman). En disciples de l’École des Annales, nous savons qu’il serait donc vain de rechercher dans une histoire mythique, la pierre philosophale de l’éducation populaire. Dans l’analyse féconde des processus de transformation sociale, économique et culturelle, plus sûrement.

Ainsi, nous avons à gagner à mieux connaître ce réseau pluriel des acteurs de l’éducation populaire (lire la contribution de Jean-Claude Richez) pour mieux y rechercher des articulations entre les enjeux des approfondissements démocratiques et l’implication des citoyens dans les changements de société (lire les portraits des associations). A fortiori dans des phases de changements profonds, pour en être à la fois les architectes et simultanément les artisans.

C’est pourquoi dans la perspective de notre Question de congrès de 2013, nous avons à faire le point sur les visions historiques de cette notion pour bien fixer les repères, tout en se départissant des tentations mortifères d’une histoire officielle.

Nous avons surtout à ouvrir grands nos yeux pour repérer, ici ou là, les formes nouvelles d’action dans la cité qui s’en inspirent même implicitement. C’est dans cette perspective que les espaces numériques sont passionnants à observer (lire l’interview de Michel Serres et la contribution de Véronique Kleck) et à intégrer car il s’y joue sans doute des révolutions radicales, des praxis nouvelles, des socialisations inédites.

Ce premier dossier inaugure une série de travaux écrits, multimédia aussi, qui rythmeront nos échanges sur la Question de congrès de juin 2013 ; question posée à tous les acteurs de l’éducation en général, au monde de l’éducation populaire en particulier, afin d’en envisager son devenir au sein des réseaux, nationaux et mondialisés.*

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