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    Des vacances bien méritées

    Lundi 26 Juillet 2010

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    • Comment organiser un vrai débat démocratique ?
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    • Stéphane Rozès
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    L’exercice de la délibération est au cœur de la démocratie. Il requiert la pluralité des opinions, passe par une mise en forme de la conflictualité, vise la construction d’une décision raisonnée. Ces fondamentaux de la vie démocratique peuvent sembler intemporels, mais ils sont en réalité enracinés dans l’Histoire. Non pas seulement parce qu’ils sont liés à l’émergence des démocraties modernes au siècle des Lumières, mais parce que chaque époque les met à l’épreuve d’une façon nouvelle.

     

    La nôtre s’inquiète ainsi de l’émergence d’une « démocratie d’opinion », prise entre la tentation démagogique de suivre l’opinion dans tous ses caprices, et celle tout aussi forte de formater l’opinion, voire de la manipuler. Récemment, le débat sur l’identité nationale a ainsi suscité une puissante polémique : est-ce vraiment la question centrale de la France d’aujourd’hui ? Ce thème ne ramène-t-il pas à lui, d’une façon pernicieuse, des questions sociales autrement plus complexes et qui ne sauraient se réduire à des questions d’identité culturelle ou de valeurs politiques ? De nombreux commentateurs se sont également interrogés sur le fait que ce débat soit mené sous l’égide de l’État, alors que ses arrière-pensées politiciennes ne font guère de doute.

     

    Dans ces critiques se sont, en quelque sorte, cristallisées des interrogations sur la capacité des  élites politiques et médiatiques à formuler le bien commun, ou simplement à en débattre en des termes acceptables. On peut incriminer la complexité croissante d’un monde rendu illisible par l’inflation de l’information et la segmentation des savoirs experts. On peut pointer avec Pierre Rosanvallon une « crise de la généralité ». On peut enfin dénoncer la façon dont certains acteurs abusent de cette confusion pour imposer des représentations d’autant plus rassurantes qu’elles sont réductrices et falsifiées. Mais la vraie question demeure : comment débattre alors que nous ne maîtrisons pas collectivement les termes du débat ?

     

    S’il est vain d’imaginer qu’ait jamais existé un espace public parfaitement rationnel, il faut admettre que la question de la représentation, au double sens intellectuel et politique, est aujourd’hui brûlante. Il est urgent de la revisiter : d’en repérer les tensions et les points faibles, mais aussi de percevoir les évolutions qui peuvent se cacher derrière ses fragilités actuelles. Il faut le faire sans complaisance, car c’est bien ainsi que l’on fait confiance à la démocratie.

     

    Télécharger l'intégralité du dossier en PDF

    Le débat en défaut

    Certaines questions sont apparues dans le débat public et y occupent une place centrale. On peut interroger la construction politique et médiatique de ces questions ; on peut aussi s’interroger sur les mécanismes qui conduisent à faire glisser le débat public vers des formules et des conflits rendant mal compte de la complexité du réel.
    • Nadia Bellaoui, secrétaire nationale de la Ligue de l’enseignement, revient sur le « grand débat sur l’identité nationale » : le sujet des identités est central dans la société contemporaine, où elles ne sont plus données d’avance mais construites par les individus. Le sujet pourrait donc être débattu, mais les conditions ne sont pas réunies pour le faire correctement. Voir la vidéo dans le A la Une.
    • Un des écueils de ce débat est son parasitage par des représentations discutables. Le journaliste et essayiste Thomas Deltombe évoque notamment en détail la construction, dans le débat public français, d’un « islam imaginaire », qui absorbe et réduit des questions sociales en leur donnant une formulation culturelle et religieuse. Lire l’entretien. Lire l'article
    • Le politologue Laurent Bouvet, auteur d’un livre de référence sur le sujet, décrypte la notion de « communautarisme » et la façon dont elle construite historiquement avant de s’imposer dans l’espace public français. Lire l'article. Lire l'article
    • Daniel Lindenberg montre comment le débat central de la vie politique française s’est déplacé de ce qui fut un temps appelé la « fracture sociale » à une « fracture identitaire », qu’une partie des forces politiques vise à exacerber afin de polariser le débat public. Voir la vidéo dans le A la Une.
    • Quel est le rôle des médias et plus particulièrement des journalistes dans les glissements progressifs du débat public ? Une tradition critique issue de Bourdieu et Chomski et représentée par Serge Halimi pointe les collusions et les complaisances d’acteurs insuffisamment critiques et dont les représentations sont à la fois homogènes et hégémoniques. Géraldine Muhlmann pointe en retour que le monde des journalistes est plus divers et que le public est moins docile qu’on ne pourrait le craindre. Lire la note. Lire l'article

    Une redéfinition de la démocratie

    Sous la confusion des débats contemporains gisent de nouvelles attentes démocratiques, qu’il est nécessaire de formuler et auxquelles les structures historiques de la démocratie peinent à répondre.
    • Bernard Manin pointe les évolutions de ce qu’il décrivait dès 1995 comme le passage de la « démocratie de partis » à la « démocratie du public ». Le rôle des partis reste central dans le débat public, mais ce rôle est miné par l’érosion des loyautés partisanes, un rapport plus instrumental des électeurs aux partis et la montée de formes de participation non-institutionnelles. Lire l'article
    • Le politologue Stéphane Rozès rappelle que les décisions réelles restent dégagées de la pression de l’opinion. C’est précisément l’écart entre les politiques menées et les attentes immédiates qui amène la communication à prendre une importance croissante. Voir la vidéo dans le A la Une.
    • Du fait des médias, mais aussi de stratégies militantes, un certain nombre de questions sociales sont érigées en « grandes causes » et abordées principalement sous le mode de l’émotion. Peut-on y voir un danger pour la qualité du débat public ? Denis Maillard explique que la difficile articulation entre mobilisation émotionnelle et discussion rationnelle n’est pas qu’une question de méthode mais révèle une tension inhérente aux démocraties modernes. Lire l’entretien. Lire l'article
    • Pierre Rosanvallon repère l’idéal nouveau d’une interaction directe entre gouvernants et citoyens, qui passe par une attention aux victimes, une éthique de l’empathie, une valorisation du « terrain » et du local. Cet idéal peut apparaître comme un dévoiement du politique, mais c’est l’une des figures émergentes de la légitimité. Il faut alors développer des formes de démocratie permanente, en repensant la qualité du lien entre gouvernants et gouvernés : contraintes de publicité, plein exercice de la responsabilité avec des comptes à rendre, exigences de délibération, mais aussi consultation plus fréquente : primaires, place du référendum, nouvelles formes de délibération comme les jurys citoyens… L’enjeu est de ne pas laisser des formes démagogiques investir l’espace des nouvelles attentes démocratiques. Lire la note. Lire l'article

    Les acteurs du débat

     

    Laurent Bouvet est professeur de science politique à l’université de Nice et à Sciences Po. Ses recherches portent sur la démocratie américaine et la social-démocratie. Rédacteur en chef de la Revue socialiste (1998-2001), puis secrétaire général de la République des idées, il a notamment publié L’Année zéro de la gauche (Michalon, 2002, avec Laurent Baumel) et plus récemment Le communautarisme. Mythes et réalités (Lignes de Repères, 2007), dans laquelle il revient sur la façon dont s’est construit le débat autour de cette question, aux États-Unis et en France.

     

    Thomas Deltombe est journaliste et essayiste. Collaborateur du Monde diplomatique, il s’est fait connaître avec L'islam imaginaire : la construction médiatique de l'islamophobie en France (1975-2005) (La Découverte, 2005) : dans une démarche inspirée notamment des travaux de de Pierre Bourdieu, il y décrit les évolutions de la représentation de l’islam et des musulmans dans les médias et le débat public français, en interrogeant les motivations des acteurs. Il a également coécrit Au nom du 11 septembre... Les démocraties à l'épreuve de l'antiterrorisme (avec Didier Bigo et Laurent Bonelli, La Découverte, 2008), et pubié une enquête : Mosquées : immersion parisienne dans des lieux ordinaires (Le Passager clandestin, 2008).

     

    Serge Halimi, journaliste et depuis 2008 directeur de la rédaction du Monde diplomatique, a été professeur associé à l’université Paris VIII. Lié au mouvement altermondialiste, il s’est fait connaître avec un essai polémique sur la collusion des journalistes avec le pouvoir économique, Les Nouveaux Chiens de garde (Liber-Raisons d'agir, 1997).

     

    Professeur de science politique à l’université Paris VIII, Daniel Lindenberg est historien des idées. Il a publié en 2002 un essai qui a fait polémique, Le Rappel à l’ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires (Seuil), approfondi récemment par Le Procès des Lumières (Seuil, 2009) ; il y analyse les glissements vers la droite du débat public européen tant dans le monde intellectuel que chez les gouvernants.

     

    Denis Maillard a été responsable de la communication de Médecins du monde et secrétaire général d'Aide médicale internationale, avant de rejoindre le comité de direction de l’Unedic. Inspirés par la pensée de Marcel Gauchet, ses travaux portent sur le rapport de la démocratie aux droits de l’Homme, notamment à travers la question de l’humanitaire. Il a donné un essai sur ce sujet L’humanitaire, tragédie de la démocratie (Michalon, 2007).

     

    Bernard Manin est professeur de science politique. Directeur d'études à l'EHESS, il enseigne aussi à Sciences Po et à la New York University. Il a publié en 1995 ses Principes du gouvernement représentatif (Calmann-Lévy), traduit en plusieurs langues et rapidement devenu un classique de la science politique et dans lequel il insiste sur le rôle central de la délibération dans la démocratie. Ses travaux récents ont approfondi cet aspect en étudiant notamment les voies et les méthodes de la délibération, ainsi que les procédures d’urgence et leurs limites. 

     

    Géraldine Muhlmann est professeur de science politique à l’université Panthéon-Assas Paris II. Elle s’est fait connaître avec deux ouvrages, Du journalisme en démocratie (Payot, 2004) et Une histoire politique du journalisme (PUF, 2004) qui répondaient notamment aux critiques de Serge Halimi en relevant la diversité du métier et en réaffirmant l’existence d’un public.

     

    Pierre Rosanvallon est professeur au Collège de France, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), et président de La République des idées. Parmi ses nombreux livres, les deux derniers (La contre-démocratie. La politique à l'âge de la défiance, Seuil, 2006 ; La Légitimité démocratique. Impartialité, réflexivité, proximité, Seuil, 2008) traitent des évolutions actuelles des sociétés démocratiques, en interrogeant notamment la question de la participation mais aussi de la défiance des citoyens et des réponses institutionnelles qui se dessinent face à ce qui peut apparaître comme une crise.

     

    Stéphane Rozès est politologue. Enseignant à Sciences Po et HEC, il a été directeur général de l’institut de sondages et d’études d’opinion CSA, où il dirigeait le pôle opinion, image et stratégies. Il a récemment créé Cap (Conseils Analyses et Perspectives). Il a publié de nombreux articles et tribunes, participant aussi à plusieurs ouvrages dont Islam, médias et opinions publiques : Déconstruire le « choc des civilisations (L’Harmattan, 2006).

     

    Retrouvez textes, références et débats autour de la question de la Nation sur le site laicite-laligue.org

    Vos commentaires

    • yami le 16/02/10
      Je pense que l'identité nationale française se fonde sur le principe du respect de chacun. Chacun doit être respecté pour ce qu'il est et ce qu'il pense. La religion qu'elle soit musulmane ou autre est une question personnelle. Les intégristes sont minoritaire mais ils sont devenues malheureusement plus crédibles que les pouvoirs publiques dans certains milieux défavorisés, quartiers où même les ordures ménagères ne sont plus enlevées. Les intégristes savent y faire, ils poussent à la haine, la violence. Eux ne parlent pas de réussite éducative. Et effectivement trop de clichés, trop de stéréotype encore de nos jours. La violence n'a pas de couleur. Les extrémistes, les manipulateurs sont le problème mais c'est pas les musulmans, ni les chrétiens, ni les athées. Au delà des images, beaucoup de personnes savent encore vivre ensemble. Il y a encore des gens convaincus que la paix est possible, le partage, la solidarité...Moi j'y crois et je m'engage pour une NATION plus juste et solidaire. Tout est possible à celui qui croit. Yami
      Répondre
    • Siestacorta le 06/02/10
      "Cette vidéo est scandaleuse et orientée...On y minimise systématiquement tous les problèmes que posent cette religion prosélytique et intolérante,"

      Et ça, c'est de la prose éthylique...

      L'intolérance de la communauté musulmane ? Franchement, moi je la trouve super zen cette communauté, par rapport au nombre de débilités que nos médias et politiques lui mettent sur le dos en tout opportunisme.


      "Cette vidéo est scandaleuse et orientée../ (...) on y culpabilise tous ceux qui réfléchissent à ces problèmes..."

      Dire "réfléchissent au problème" plutôt que "réfléchissent à la question" me semble pas mal orienté, dans le genre.
      Et pour se sentir coupable, il faut encore avoir fait une connerie. Réfléchir n'a pas cet effet. Essayez.


      "Etes vous officiellement un organisme chargé de propager l 'Islamisme en France? On peut se poser la question "

      L'islamisme, c'est utiliser l'islam comme doctrine politique.
      Au vu du contenu du site de la ligue, votre question n'a officiellement aucun sens.

      Répondre
    • MB le 05/02/10
      Le reportage est très pertinent et informatif, malgré le format, très court pour ce sujet. Le problème de la stigmatisation repose sur le fait que seule une communauté (dans le sens large) est visée.
      Si dans le terme laïcité on entend absence de couleur religieuse ou de signes ostentatoires, soit, et qu'elle soit respectée par tout le monde. Or ce n'est pas le cas. C'est, je cite le Trésor, le " principe de séparation dans l'État de la société civile et de la société religieuse. "
      Par définition, l'Etat ne dépend en aucun cas des institutions religieuses et inversement. Nulle part il n'est notifié que ce principe interdit ou réprouve la mise en pratique de ses croyances et ce, où que ce soit ! Ecole, travail, dans la rue, chacune des communautés religieuses présentes en France (chrétienne, islamique, judaïque, bouddhiste etc.) devrait avoir le droit de s'exprimer dans sa spiritualité en toute égalité.
      Je ne suis pas persuadée en revanche que le fait de faire voter une loi contre un signe religieux ne soit pas précisément une violation de cette sacro-sainte laïcité.
      Il faudrait veiller à ne pas fouler aux pieds les fondamentaux de la république sous le prétexte fallacieux de la conserver saine et sauve.
      C'est précisément, à mon sens, en surfant sur cette peur de l'autre léguée par une classe dirigeante qui nous instrumentalise dans ce sens, que l'on fait voter des lois anti-constitutionnelles.
      Répondre
    • samadi le 04/02/10
      Etant donné que la france est une république Laic, reconnaitre la réligion musulmanne est une erreur, ou bien en 2ème ou troisième degré, en respectant les principes républicains
      sans amalgames.De toute facon l'amalgame existe dejà sans faire la diffèrence entre tradition et réligion, et
      pourtant la France a été au maghreb pendant des années, il fallait connaitre
      la différence.
      Répondre
      • Drey le 05/02/10
        C'est tellement plus facile de mettre les autres dans un grand sac avec l'étiquette "MECHANTS" dessus...
        Je suis particulièrement perplexe devant les deux premiers commentaires,qui ne sont que la preuve par l'absurde de la démonstration faite par la vidéo !
        La France étant une république laïque, on est en droit d'y attendre tolérance et bienveillance, quelque soit sa religion, sa couleur, sa culture. Ce ne serait pas justement ça que veut dire "liberté, égalité, fraternité" ? Il ne me semble pas qu'il y ait écrit en petit dessous : "pour les gentils blancs catholiques bien de chez nous" !
        Bravo pour cet excellent sujet
        Répondre
    • pedretti le 01/02/10
      Cette vidéo est scandaleuse et orientée...On y minimise systématiquement tous les problèmes que posent cette religion prosélytique et intolérante, et on y culpabilise tous ceux qui réfléchissent à ces problèmes...Etes vous officiellement un organisme chargé de propager l 'Islamisme en France? On peut se poser la question
      Répondre
    • kaliayev le 15/01/10
      Merci pour cet excellent sujet ! Oui, le droit d'avoir une identité multiple est désormais refusée à une partie des citoyens Français, emprisonnés qu'ils sont dans ce qu'on pense être la religion de l'immobilisme. Le monde arabe lui-même subit la même lecture simpliste l'enfermant à son tour derrière la seule identité musulmane, là où existent des arabes athées, laïques, des arabes chrétiens et même à une époque (mais qui s'en souvient encore?), des arabes juifs ! A-t-on encore le droit d'être arabe, perse ou indonésien, et avoir lu autre chose que le Coran ? Pose-t-on les mêmes questions aux citoyens catholiques dont pourtant, l'Eglise a mis tellement de temps à s'acclimater de la République laïque ?
      En stigmatisant des communautés entières derrière une seule identité, on ne fait que contribuer à la création du fait communautaire ! Enfin, cela sans compter avec l'avantage qu'offrent ces débats qui suintent, celui d'éviter de parler des conditions sociales et économiques en dégradation, et qui sont les vrais et uniques facteurs de bonne ou mauvaise intégration dans une communauté nationale harmonieuse. Il faut relire Amin Maalouf et ses Identités Meurtrières, et revendiquer le droit à l'Identité multiple !
      Répondre

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