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L’exercice de la délibération est au cœur de la démocratie. Il requiert la pluralité des opinions, passe par une mise en forme de la conflictualité, vise la construction d’une décision raisonnée. Ces fondamentaux de la vie démocratique peuvent sembler intemporels, mais ils sont en réalité enracinés dans l’Histoire. Non pas seulement parce qu’ils sont liés à l’émergence des démocraties modernes au siècle des Lumières, mais parce que chaque époque les met à l’épreuve d’une façon nouvelle.
La nôtre s’inquiète ainsi de l’émergence d’une « démocratie d’opinion », prise entre la tentation démagogique de suivre l’opinion dans tous ses caprices, et celle tout aussi forte de formater l’opinion, voire de la manipuler. Récemment, le débat sur l’identité nationale a ainsi suscité une puissante polémique : est-ce vraiment la question centrale de la France d’aujourd’hui ? Ce thème ne ramène-t-il pas à lui, d’une façon pernicieuse, des questions sociales autrement plus complexes et qui ne sauraient se réduire à des questions d’identité culturelle ou de valeurs politiques ? De nombreux commentateurs se sont également interrogés sur le fait que ce débat soit mené sous l’égide de l’État, alors que ses arrière-pensées politiciennes ne font guère de doute.
Dans ces critiques se sont, en quelque sorte, cristallisées des interrogations sur la capacité des élites politiques et médiatiques à formuler le bien commun, ou simplement à en débattre en des termes acceptables. On peut incriminer la complexité croissante d’un monde rendu illisible par l’inflation de l’information et la segmentation des savoirs experts. On peut pointer avec Pierre Rosanvallon une « crise de la généralité ». On peut enfin dénoncer la façon dont certains acteurs abusent de cette confusion pour imposer des représentations d’autant plus rassurantes qu’elles sont réductrices et falsifiées. Mais la vraie question demeure : comment débattre alors que nous ne maîtrisons pas collectivement les termes du débat ?
S’il est vain d’imaginer qu’ait jamais existé un espace public parfaitement rationnel, il faut admettre que la question de la représentation, au double sens intellectuel et politique, est aujourd’hui brûlante. Il est urgent de la revisiter : d’en repérer les tensions et les points faibles, mais aussi de percevoir les évolutions qui peuvent se cacher derrière ses fragilités actuelles. Il faut le faire sans complaisance, car c’est bien ainsi que l’on fait confiance à la démocratie.
Les acteurs du débat
Laurent Bouvet est professeur de science politique à l’université de Nice et à Sciences Po. Ses recherches portent sur la démocratie américaine et la social-démocratie. Rédacteur en chef de la Revue socialiste (1998-2001), puis secrétaire général de la République des idées, il a notamment publié L’Année zéro de la gauche (Michalon, 2002, avec Laurent Baumel) et plus récemment Le communautarisme. Mythes et réalités (Lignes de Repères, 2007), dans laquelle il revient sur la façon dont s’est construit le débat autour de cette question, aux États-Unis et en France.
Thomas Deltombe est journaliste et essayiste. Collaborateur du Monde diplomatique, il s’est fait connaître avec L'islam imaginaire : la construction médiatique de l'islamophobie en France (1975-2005) (La Découverte, 2005) : dans une démarche inspirée notamment des travaux de de Pierre Bourdieu, il y décrit les évolutions de la représentation de l’islam et des musulmans dans les médias et le débat public français, en interrogeant les motivations des acteurs. Il a également coécrit Au nom du 11 septembre... Les démocraties à l'épreuve de l'antiterrorisme (avec Didier Bigo et Laurent Bonelli, La Découverte, 2008), et pubié une enquête : Mosquées : immersion parisienne dans des lieux ordinaires (Le Passager clandestin, 2008).
Serge Halimi, journaliste et depuis 2008 directeur de la rédaction du Monde diplomatique, a été professeur associé à l’université Paris VIII. Lié au mouvement altermondialiste, il s’est fait connaître avec un essai polémique sur la collusion des journalistes avec le pouvoir économique, Les Nouveaux Chiens de garde (Liber-Raisons d'agir, 1997).
Professeur de science politique à l’université Paris VIII, Daniel Lindenberg est historien des idées. Il a publié en 2002 un essai qui a fait polémique, Le Rappel à l’ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires (Seuil), approfondi récemment par Le Procès des Lumières (Seuil, 2009) ; il y analyse les glissements vers la droite du débat public européen tant dans le monde intellectuel que chez les gouvernants.
Denis Maillard a été responsable de la communication de Médecins du monde et secrétaire général d'Aide médicale internationale, avant de rejoindre le comité de direction de l’Unedic. Inspirés par la pensée de Marcel Gauchet, ses travaux portent sur le rapport de la démocratie aux droits de l’Homme, notamment à travers la question de l’humanitaire. Il a donné un essai sur ce sujet L’humanitaire, tragédie de la démocratie (Michalon, 2007).
Bernard Manin est professeur de science politique. Directeur d'études à l'EHESS, il enseigne aussi à Sciences Po et à la New York University. Il a publié en 1995 ses Principes du gouvernement représentatif (Calmann-Lévy), traduit en plusieurs langues et rapidement devenu un classique de la science politique et dans lequel il insiste sur le rôle central de la délibération dans la démocratie. Ses travaux récents ont approfondi cet aspect en étudiant notamment les voies et les méthodes de la délibération, ainsi que les procédures d’urgence et leurs limites.
Géraldine Muhlmann est professeur de science politique à l’université Panthéon-Assas Paris II. Elle s’est fait connaître avec deux ouvrages, Du journalisme en démocratie (Payot, 2004) et Une histoire politique du journalisme (PUF, 2004) qui répondaient notamment aux critiques de Serge Halimi en relevant la diversité du métier et en réaffirmant l’existence d’un public.
Pierre Rosanvallon est professeur au Collège de France, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), et président de La République des idées. Parmi ses nombreux livres, les deux derniers (La contre-démocratie. La politique à l'âge de la défiance, Seuil, 2006 ; La Légitimité démocratique. Impartialité, réflexivité, proximité, Seuil, 2008) traitent des évolutions actuelles des sociétés démocratiques, en interrogeant notamment la question de la participation mais aussi de la défiance des citoyens et des réponses institutionnelles qui se dessinent face à ce qui peut apparaître comme une crise.
Stéphane Rozès est politologue. Enseignant à Sciences Po et HEC, il a été directeur général de l’institut de sondages et d’études d’opinion CSA, où il dirigeait le pôle opinion, image et stratégies. Il a récemment créé Cap (Conseils Analyses et Perspectives). Il a publié de nombreux articles et tribunes, participant aussi à plusieurs ouvrages dont Islam, médias et opinions publiques : Déconstruire le « choc des civilisations (L’Harmattan, 2006).
Retrouvez textes, références et débats autour de la question de la Nation sur le site laicite-laligue.org
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Le sport peut-il tenir ses promesses sociales ?Le sport-spectacle et ses dérives écornent l'image d'un sport inconditionnellement vertueux. Il est vrai que la pratique sportive n'est pas exempte de lacunes, d'excès et d'injustices. Alors dans quelle mesure le sport peut-il répondre aux missions éducatives, intégratrices, citoyennes et même humanistes qu’on lui attache ? On sous-estime sans doute les avantages d’un monde professionnellement organisé, et dynamisé par des politiques publiques ; mais ce monde dispose-t’il d’une vraie capacité de peser sur le réel ? |
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Qu'attend-on de la prison ?La France semble entretenir une culture de l’incarcération. Elle se montre peu pressée de généraliser les alternatives à la prison, alors même qu’elles pourraient limiter le risque de récidive. En outre, les conditions de détention font de la patrie des droits de l’Homme l’une des plus mauvaises élèves d’Europe... Mais qu’attend-on exactement de la prison ? |
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Education au genre : l'école est-elle prête ?Bien qu'obligatoire de la primaire au lycée, l'éducation a la sexualité semble toujours aussi taboue dans les établissements scolaires. Ses missions : informer, prévenir des grossesses non désirées ou des IST mais aussi lutter contre les stéréotypes de sexe, et participer ainsi à la construction d'une société plus égalitaire. L'École est-elle pour autant prête à mettre en place une véritable éducation au genre ? |
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Quels territoires pour demain ?La réforme des collectivités territoriales de 2010 fait polémique autant chez les élus que dans le monde associatif. Quels sont les enjeux de la réforme ? A quoi ressembleront les territoires de demain ? Comment l’intérêt local trouvera-t-il sa place dans le futur paysage institutionnel ? |
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Le modèle associatif est-il viable ?Les associations bénéficient d'une image positive dans l'opinion publique. Mais elles sont sous-représentées dans le champ politique et ont dû mal à se faire reconnaître dans le champ économique. Sources d’innovation sociale et de progrès collectif...les associations ne doivent pas non plus être réduites à de simples prestataires de service. Alors: comment mieux rendre compte de la richesse des associations et surtout, comment mesurer ce qui ne se mesure pas ? |
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Comment faire vivre la mixité à l'école ?L’assouplissement de la carte scolaire a conduit à accélérer des tendances inégalitaires depuis longtemps à l’œuvre. La réforme de la sectorisation, voulue par le gouvernement, pourrait bien mener à reconsidérer sérieusement l’ensemble du modèle scolaire français. Mais comment faire vivre la mixité scolaire ? Supprimer la carte ? Réformer les territoires ? Faire évoluer les établissements ? Nous vous proposons d'en débattre. |
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Quel avenir pour le commerce équitable ?En plein essor mais encore confidentiel à l'échelle internationale, le commerce équitable est à un véritable tournant. Quelle va être son évolution ? Le commerce équitable peut-il perdre son âme comme certains le pensent depuis qu'il est présent dans la grande distribution ? Peut-il peser sur le commerce mondial ? Retrouvez les avis des experts, des acteurs, des économistes qui font le débat. |
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L'école peut-elle réaliser l'idéal républicain?Egalité des chances, méritocratie et élitisme pourrait résumer l'idéal républicain. La réalité est pourtant plus prosaïque car force est de constater que l'école française ne réduit pas les inégalités de départ. Certes, notre élite est reconnue (quoique trop homogène) mais "les vaincus du mérite" sont nombreux et abandonnés par le système. La culture académique de notre école se prolonge dans le monde du travail où le diplôme est porté aux nues. Faut-il alors changer de système ? Notre école peut-elle concilier égalité et élitisme ? Nous vous proposons d'en débattre. |
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Quelle politique pour la jeunesse ?Jeunes au chômage, jeunes à la dérive…trop souvent, les jeunes sont stigmatisés et rangés dans la case « à problème ». Smic jeune, CPE… les politiques publiques sont peu cohérentes et souvent pensées à court terme. Faut-il voir la jeunesse comme une catégorie à part ? Education, emploi: les politiques à destination des jeunes doivent-elles toujours se réduire à ces deux champs ? Nous vous proposons d’en débattre ? |
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Quelle économie pour la culture ?Avertissement, coupures internet, amendes, prison... telle est la riposte graduée mise en place par la loi Hadopi 2 pour dissuader les internautes de télécharger illégalement. Difficilement applicable et répressive, cette loi serait-elle un écran de fumée qui masquerait les vraies questions ? Comment mettre en place un nouveau dispositif de rémunération sur la toile pour les auteurs et les interprètes ? Comment ne pas brider un droit à l’information élémentaire et une large diffusion de la culture sans porter préjudices aux artistes ? Nous vous proposons d’en débattre. |
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La justice des mineurs doit-elle changer ?Un nouveau code pénal pour les mineurs a été rédigé. Entre le besoin de nouvelles mesures et polémiques, quelle est la réalité du débat aujourd'hui ? Les mineurs sont-ils plus violents et plus nombreux? La justice, de son côté, est-elle plus répressive ? L'idéal éducatif de l'Ordonnance de 1945 est-il toujours d'actualité ? Nous vous proposons d'en débattre. |
Vos commentaires
Et ça, c'est de la prose éthylique...
L'intolérance de la communauté musulmane ? Franchement, moi je la trouve super zen cette communauté, par rapport au nombre de débilités que nos médias et politiques lui mettent sur le dos en tout opportunisme.
"Cette vidéo est scandaleuse et orientée../ (...) on y culpabilise tous ceux qui réfléchissent à ces problèmes..."
Dire "réfléchissent au problème" plutôt que "réfléchissent à la question" me semble pas mal orienté, dans le genre.
Et pour se sentir coupable, il faut encore avoir fait une connerie. Réfléchir n'a pas cet effet. Essayez.
"Etes vous officiellement un organisme chargé de propager l 'Islamisme en France? On peut se poser la question "
L'islamisme, c'est utiliser l'islam comme doctrine politique.
Au vu du contenu du site de la ligue, votre question n'a officiellement aucun sens.
Si dans le terme laïcité on entend absence de couleur religieuse ou de signes ostentatoires, soit, et qu'elle soit respectée par tout le monde. Or ce n'est pas le cas. C'est, je cite le Trésor, le " principe de séparation dans l'État de la société civile et de la société religieuse. "
Par définition, l'Etat ne dépend en aucun cas des institutions religieuses et inversement. Nulle part il n'est notifié que ce principe interdit ou réprouve la mise en pratique de ses croyances et ce, où que ce soit ! Ecole, travail, dans la rue, chacune des communautés religieuses présentes en France (chrétienne, islamique, judaïque, bouddhiste etc.) devrait avoir le droit de s'exprimer dans sa spiritualité en toute égalité.
Je ne suis pas persuadée en revanche que le fait de faire voter une loi contre un signe religieux ne soit pas précisément une violation de cette sacro-sainte laïcité.
Il faudrait veiller à ne pas fouler aux pieds les fondamentaux de la république sous le prétexte fallacieux de la conserver saine et sauve.
C'est précisément, à mon sens, en surfant sur cette peur de l'autre léguée par une classe dirigeante qui nous instrumentalise dans ce sens, que l'on fait voter des lois anti-constitutionnelles.
sans amalgames.De toute facon l'amalgame existe dejà sans faire la diffèrence entre tradition et réligion, et
pourtant la France a été au maghreb pendant des années, il fallait connaitre
la différence.
Je suis particulièrement perplexe devant les deux premiers commentaires,qui ne sont que la preuve par l'absurde de la démonstration faite par la vidéo !
La France étant une république laïque, on est en droit d'y attendre tolérance et bienveillance, quelque soit sa religion, sa couleur, sa culture. Ce ne serait pas justement ça que veut dire "liberté, égalité, fraternité" ? Il ne me semble pas qu'il y ait écrit en petit dessous : "pour les gentils blancs catholiques bien de chez nous" !
Bravo pour cet excellent sujet
En stigmatisant des communautés entières derrière une seule identité, on ne fait que contribuer à la création du fait communautaire ! Enfin, cela sans compter avec l'avantage qu'offrent ces débats qui suintent, celui d'éviter de parler des conditions sociales et économiques en dégradation, et qui sont les vrais et uniques facteurs de bonne ou mauvaise intégration dans une communauté nationale harmonieuse. Il faut relire Amin Maalouf et ses Identités Meurtrières, et revendiquer le droit à l'Identité multiple !
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