La Sadel, une coopérative au service de l’école

Histoire

La Sadel, Société angevine d’édition et de librairie, est une coopérative née dans les années 50 dans le Maine-et-Loire. Aujourd’hui deuxième librairie scolaire de France, cette coopérative mérite que l’on raconte son histoire et les conditions de sa création. Une histoire de militants de la cause laïque avant tout…

Petit rappel historique (1) : nous sommes dans les années 40-50, dans l’ouest de la France, une région où l’école laïque peine à s’imposer, surtout dans le Maine-et-Loire, en raison de la prédominance de l’Église et de certains avantages accordés à l’enseignement catholique (bour­ses et allocations pour les élèves grâce aux lois Barangé ; rétribution des instituteurs du privé avec la loi Debré…). Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 1937, moins de 32 000 élèves sont inscrits dans le public contre plus de 39 000 dans le privé. Les instituteurs laïques ont fort à faire, et leurs conditions de travail sont difficiles : des écoles trop petites, sans eau courante parfois… et surtout une pénurie de livres et de matériels scolaires. Les défenseurs de l’école publique sont alors peu nombreux mais peuvent compter sur le soutien des mouvements laïques présents sur le département, à l’image de la Fédération des œuvres laïques (Ligue de l’enseignement) du Maine-et-Loire…

Une coopérative née de la volonté de mouvements laïques

Un virage s’amorce en 1955, notamment grâce à Albert Char­leux, ancien secrétaire général de l’Inspection académique et président de la FOL 49, qui souhaite poursuivre sa mission au service d’une éducation républicaine. Idéaliste, sensible à l’intérêt général et au bénévolat, il nourrit l’espoir de fonder une librairie coopérative pour servir l’enseignement laïque. Un espoir devenu réalité le 19 mars 1955 avec la création de la Sadel. Projet ambitieux quoiqu’un peu fou, il voit le jour grâce à cinq organismes : la FOL 49, la fédération de l’Éducation nationale, le Syndicat national des instituteurs, les DDEN et la FCPE. Prometteurs, les débuts de la coopérative n’en restent pas moins difficiles. Pourtant, les années passent, le volume d’activité augmente, les effectifs aussi…

Aujourd’hui, la Sadel compte un grand espace de vente dans l’agglomération angevine, des magasins à Angers, Rennes et Nantes, ainsi qu’une librairie, nommée Contact, située au cœur d’Angers. Véritable entreprise de l’économie sociale, la Sadel doit faire face à la concurrence et s’adapter au marché. Pour autant, le souffle militant qui a permis sa création n’a pas faibli. Son actuel président, Étienne Brémond, le rappelle : « Défendre les valeurs originelles que sont la promotion de l’éducation, la laïcité, la solidarité et la citoyenneté est la mission essentielle de la Sadel ; l’activité commerciale non lucrative n’en est que le moyen. » (2) Le slogan de la coopérative – « au service des savoirs » – témoigne de cette ambition.

Collaborer aux initiatives autour de l’objet « livre »

Un pied dans le commerce, l’autre dans le secteur de l’éducation populaire. La Sadel poursuit son engagement en faveur de l’éducation et constitue depuis toujours un partenaire privilégié de la Ligue de l’enseignement 49 (3). En outre, elles se retrouvent régulièrement autour de projets initiés par la fédération et portant sur le thème de la lecture. Parmi ces projets, un rallye pour découvrir des lieux « Où il fait bon lire ». Un événement créé en 2012 en partenariat avec les Francas 49, et qui propose aux enfants (8-12 ans) des accueils de loisirs du département de rencontrer des professionnels du livre. Cette an­née, le rallye avait lieu le 10 avril. Tout au long de la journée, environ 90 enfants se sont rendus dans des bibliothèques (dans les quartiers de la Roseraie et de Monplaisir), et dans des librairies indépendantes dont celle de la Sadel, qui proposait pour l’occasion une petite animation.

Un autre projet, un peu plus conséquent celui-ci mais encore au stade de l’expérimentation, rassemble la Sadel et la Ligue de l’enseignement du Maine-et-Loire. Il s’agit d’une classe de découvertes sur le thème du livre : « Du créateur au lecteur : les différents métiers du livre ». Cette classe s’est déroulée en avril 2012, au sein du village vacances de Bouessé-la-Garenne, à Mûrs-Érigné. Durant cinq jours, des élèves de CE1-CE2 ont là encore rencontré différents professionnels du livre : une illustratrice, qui a animé un atelier ; un éditeur local ; un imprimeur ; un libraire, et bien sûr les professionnels de la Sadel. Les élèves se sont rendus dans le centre-ville d’Angers, à la librairie Contact. Mais plutôt que de s’y rendre en tant que simples usagers, ils sont entrés par l’arrière du bâtiment, pour découvrir l’envers du décor, à commencer par les stocks. Georges Maximos, directeur de la librairie, les a ensuite reçus dans l’espace vente du magasin. Là, grâce à de petits jeux de rôle, ils ont pu se mettre successivement dans la peau d’un libraire ou d’un acheteur. La visite s’est poursuivie dans le magasin de la Sadel pour découvrir le parcours du livre au sein de la coopérative, ce qui se passe en coulisses, la gestion des stocks… Des libraires chapeautant les différents pôles au sein du magasin (matériels pédagogiques, librairie scolaire, jeux éducatifs…) se sont entretenus avec les enfants et ont répondu à leurs questions. De retour au centre de vacances, pour raconter cette visite, plutôt que de recourir au classique compte rendu, les élèves ont réalisé une fiction au travers d’un théâtre de papier (Kamishibaï).

La classe de découvertes, le rallye sont deux exemples de projets auxquels contribue la Sadel. Il en existe d’autres, réguliers ou plus ponctuels, à l’image de la malle pédagogique sur le thème de la coopération initiée par plusieurs mouvements dont les Ceméa, le mouvement Freinet et la Ligue de l’enseignement 49, à l’occasion des 50 ans de la coopérative.

La Sadel est une entreprise de l’économie sociale qui a su traverser les années et les obstacles sans jamais renier ses valeurs fondatrices. Étienne Brémond le redit : « La Sadel est “au service” de l’éducation populaire depuis sa création. »

Mélanie Gallard

 

1. Source : La Sadel a 50 ans, une coopérative au service de l’école, de Patrick Amara et Pascal Proust (illustrations), 2005.
2. Extrait de l’avant-propos de La Sadel a 50 ans.
3. La Ligue de l’enseignement 49 est membre de droit de la coopérative.

Article publié en octobre 2013, dans « Les Idées en mouvement » n°212

 

La Sadel en chiffres

Aujourd’hui, l’activité de la coopérative concerne essentiellement le négoce dans trois domaines : la librairie, la papeterie, et le matériel éducatif. 70 % de l’activité s’effectuent grâce à la vente par correspondance et par Internet. Les 30 % restants sont réalisés grâce à l’activité des trois magasins situés à Angers, Nantes et Rennes, et à la librairie Contact, implantée au cœur d’Angers. La Sadel compte environ 15 000 clients et affiche un chiffre d’affaires de 30 millions d’euros. Elle emploie 120 équivalents temps plein. Parmi ses salariés, environ 40 % sont des sociétaires, c’est-à-dire des actionnaires majoritaires qui participent aux élections des dirigeants et à l’élaboration des orientations stratégiques. Et deux salariés sociétaires sont également membres du conseil d’administration. En tout, la coopérative regroupe près de 1 200 sociétaires. Si auparavant la Sadel ne couvrait que l’ouest de la France, son rayonnement aujourd’hui est national grâce à un rapprochement opéré avec une autre librairie coopérative basée à Auxerre : la NLU (Nouvelle librairie universitaire). Un même catalogue, un même site Internet – savoirplus.fr – dédié à la vente de fournitures aux collectivités. 80 % de l’activité globale de la Sadel s’opèrent avec ce public. Mais la coopérative souhaite également satisfaire les besoins des particuliers. Ainsi, un autre site Internet leur étant dédié devrait voir le jour dans les prochaines années.

www.savoirplus.fr