Il y a de nouvelles formes d’engagement à inventer

L’Observatoire de l’action sociale (Odas) organise,en février prochain, une rencontre nationale, dont la Ligue est partenaire, sur le thème : « Acteurs locaux et pacte républicain : comment revitaliser les liens et les repères? ». Entretien avec son président, Christophe Béchu, qui est également sénateur-maire d’Angers.

Les Idées en mouvement : Vous êtes entré en responsabilité politique en découvrant l’aide sociale à l’enfance. Vous avez notamment présidé le conseil d’administration du Groupement d’intérêt public Enfance en danger et dirigé le numéro d’appel national pour les enfants maltraités, quels enseignements avez-vous tirés de ces diverses responsabilités ?
Christophe Béchu : La France dispose d’un grand nombre de dispositifs sociaux efficaces qui permettent d’atténuer les difficultés matérielles multiples que rencontrent certains de nos concitoyens. Ce sont des instruments nécessaires à la préservation de la cohésion sociale.
Mais ceux-ci ont deux corollaires beaucoup moins positifs.
Le premier, c’est que certains bénéficiaires du soutien de la nation peuvent se retrouver privés d’une part de leur dignité en étant réduits à de simples “objets de solidarité”, privés en quelque sorte d’être acteurs de leur destin. D’où nos différentes réflexions sur des systèmes de réciprocité comme moyens pour redonner de la dignité aux gens aidés. Je vous donne un exemple très concret mis en place à Angers : le permis de conduire citoyen. Celui-ci repose sur le principe très simple : 1 heure de Code de la route offerte contre 1 heure de temps mise au service d’associations de solidarité ou d’intérêt général. En pratique, la personne qui se voit offrir cette heure de code va, en réciprocité, aller donner un coup de main aux Restos du Cœur,
passer du temps dans un Ehpad , faire du soutien scolaire… Une partie des travailleurs sociaux ont, au début, manifesté de l’inquiétude face à ce dispositif.
Ils craignaient une stigmatisation des personnes les plus pauvres. Mais ces dernières n’ont absolument pas vécu cela de cette manière, bien au contraire. Elles se sont dites heureuses de se sentir de nouveau utiles, de participer à la vie de la cité. Et l’expérience a même débouché par une embauche en CDI pour deux d’entre elles. Enfin, c’est aussi une manière de redonner de l a fierté aux gens, car ils sont allés chercher ce permis avec leurs efforts. Ce n’est évidemment pas transposable partout et pour tous, mais ces réflexions autour de la réciprocité ont du sens et ne doivent pas être regardées avec des œillères.
Second corollaire regrettable de nos dispositifs de solidarité, c’est qu’ils entraînent la montée d’une indifférence de la part des autres concitoyens.
Ceux-ci se disent qu’en payant leurs impôts, ils remplissent déjà leur devoir de solidarité. Mais
une société dans laquelle on ne se sent pas responsable et solidaire des autres, où l’on ne se demande pas ce qu’on peut faire pour son voisin de palier, les plus démunis, les plus isolés, les plus âgés… est une société dans laquelle on perd une part de notre humanité. Ces problématiques de cohésion sociale sont fondamentales si l’on veut redonner à la société une espérance et un cap. Le combat contre l’indifférence ne se gagnera pas avec des lois.

En quoi vos responsabilités de maire ont-elles enrichi vos réflexions ?
Etre maire, c’est être en première ligne. Je constate les menaces qui pèsent sur les équilibres de notre tissu social. Lorsque le chômage augmente et que le pouvoir d’achat baisse, le tout dans un contexte sécuritaire aiguisé, les tentations de repli généralisé sont patentes. La montée du populisme sur le plan politique, mais aussi sur le plan des comportements individuels, constitue des épreuves pour la solidité du vivre ensemble. Ce sont autant de défis auxquels, en tant que maires, nous sommes confrontés quotidiennement et pour lesquels il est impossible de botter en touche en expliquant qu’il s’agit là de la responsabilité de l’État. C’est important, car les enquêtes d’opinion démontrent que le maire reste, de tous les élus, le moins impacté par le rejet du Politique.

L’Odas organise chez vous, les 1er et 2 février, une rencontre nationale sur le thème : « Acteurs locaux et pacte républicain : comment revitaliser les liens et les repères ? ». Avez-vous des pistes pour renforcer l’impact de l’action municipale sur la cohésion sociale ?
C. B. C’est une vaste question à laquelle je n’ai pas la prétention d’apporter “la” réponse en quelques phrases. C’est tout l’enjeu et l’intérêt de ce congrès que de nous pousser à un temps de réflexion avant l’action en nous appuyant, ce qui est le propre de la philosophie de l’Odas, sur les bonnes pratiques déjà en place et en s’inspirant de ce qui a déjà été lancé et évalué.
Parmi les sujets qui font l’actualité des médias ou dans les débats politiques, la cohésion sociale est la grande absente. Il me semble donc utile qu’au début du mois de février, des élus, des associations et des acteurs de terrain puissent se retrouver aussi pour échanger autour de ces problématiques fondamentales si l’on veut redonner à la société une espérance, un cap, se forger un destin collectif.
Ce n’est pas un hasard si ce congrès aura lieu à quelques semaines de l’élection présidentielle.
Pour apporter un début de réponse, il me semble par exemple nécessaire d’agir sur la crise du bénévolat. Lorsque l’on creuse un peu cette question, on se rend compte que si beaucoup d’associations manquent de bénévoles, ce n’est pas parce que les gens ne veulent pas aider, c’est qu’ils ne peuvent ou ne veulent plus s’investir dans un bénévolat trop contraignant. Il y a donc de nouvelles formes d’engagement à inventer.

Programme des rencontres de l’Odas