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Editos
François Hollande veut refonder l'Ecole : chiche !
A Orléans ce jeudi 9 février, François Hollande a prononcé un important discours sur l'Ecole et la Nation. Insistant sur la priorité qu'il donne à la jeunesse dans son projet présidentiel, il a déclaré que l'Ecole était "le fondement de la République et de notre pacte démocratique" et qu'un nouveau contrat entre l'Ecole et la Nation devait être imaginé, un véritable "pacte éducatif".
La Ligue de l'enseignement qui, dès le Salon européen de l'Education en novembre 2011, avait fait connaître ses propositions pour "investir dans l'éducation et refonder l'Ecole" ne peut que se féliciter d'une telle ambition affichée par un candidat à la présidence de la République et de la plupart des propositions qui la concrétise.
Devant la situation connue d'une Ecole, en panne de démocratisation réelle, que 150 000 jeunes quittent chaque année sans qualification ni diplôme, affaiblie par les gouvernements de ces dix dernières années, on mesure la portée d'une telle ambition.
Il faut se garder pourtant de faire peser sur l'Ecole la responsabilité première et unique de fonder la République démocratique, indivisible, laïque et sociale. 130 ans après la création de l'Ecole de Jules Ferry à la naissance de la 3ème République qu'il fallait installer et faire partager, en 2012, notre société se construit avec d'autres apports culturels, civiques et sociaux que ceux de la seule institution scolaire, en particulier avec le concours des médias numérisés.
Aussi, l'Ecole publique est-elle plus que jamais nécessaire, mais dans une interaction avec les autres institutions éducatives qui donneront d'autant plus d'importance et de singularité à son objet : permettre à tous les enfants et les jeunes de notre pays de penser par eux-mêmes, de s'outiller pour faire, durant toute leur vie, des choix personnels, professionnels et citoyens.
Bien des propositions de François Hollande rejoignent celles que la Ligue fait, seule ou dans le cadre des collectifs associatifs et pédagogiques auxquels elle contribue, notamment dans tout ce qui concourt à l'exercice du métier et à la formation des enseignants.
La Ligue regrette toutefois que l'Ecole ne soit pas suffisamment évoquée dans le cadre d'une politique éducative et de formation globale. La judicieuse référence à Jean Zay durant cette journée aurait dû mettre en lumière cette globalité, lui qui incarnait une telle volonté au sein du Front populaire. Les parents et la famille ne sont cités ni dans leur fonction première, ni dans leur place dans l'Ecole.
Les collectivités ne semblent être reconnues que dans leur rôle d'investisseur, là où aujourd'hui leurs politiques éducatives territoriales conditionnent tant la qualité du travail de l'Ecole et plus largement celle de l'environnement éducatif des enfants et des jeunes. De même, les associations qui maillent le territoire national par un travail d'accompagnement et de complémentarité de l'Ecole sont peu évoquées ainsi que les autres institutions culturelles. Tous ces acteurs éducatifs et leurs organisations sont pourtant nombreux à s'être rassemblés aux côtés de 60 villes de France dans l'Appel de Bobigny pour une véritable politique de l'enfance et de la jeunesse.
Il n'eût pas été inutile de rappeler aussi un principe fondateur de toute politique démocratique et progressiste pour l'Ecole : l'éducabilité de tous les jeunes et les conséquences qu'elle a en termes de choix pédagogiques. Reconnaître que les jeunes sont tous capables d'apprendre suppose de les impliquer dans leurs apprentissages et de donner cohérence aux savoirs, ce d'autant plus dans la société numérique qui étend, diversifie et brouille parfois le rapport aux savoirs.
Si la Ligue approuve la priorité donnée à l'Ecole primaire - maternelle et élémentaire -, il apparaît cependant que l'Ecole commune et fondamentale est constituée aujourd'hui du socle "Ecole primaire et collège". A l'instar de beaucoup de pays dont les systèmes scolaires favorisent mieux la réussite des élèves, pourquoi ne pas enfin franchir le cap essentiel d'une Ecole commune de la scolarité obligatoire de 3 à 16 ans. Ce serait un signe et un levier forts pour mettre un terme à une Ecole pilotée par l'aval, qui trie les jeunes, et les décourage d'apprendre, là où elle doit faire naître et entretenir l'envie et le plaisir d'apprendre toute sa vie.
Il y a dans le projet présenté par François Hollande une méthode fondée sur la concertation et des éléments pour "refonder l'Ecole". C'est une base encourageante. Mais pour construire une Ecole qui fabrique chez tous les jeunes de notre pays de la confiance en soi, dans les autres et dans les cadres collectifs, une Ecole dont ils sortent tous en bon état pour conduire leur vie, il manque encore une vision d'ensemble et la cohérence d'une société éducative fondée sur la coopération de tous ses acteurs.
La Ligue s'emploiera à nourrir ce débat dans les semaines qui nous séparent des élections présidentielles et législatives auprès de tous les partis et candidats républicains. Pour que la République et son Ecole tiennent ses promesses.