« Filles et garçons : cassons les clichés », un outil pour déconstruire les stéréotypes dès l’école

ours4Assumés ou inconscients, les stéréotypes liés au genre ont la vie dure. On en trouve partout, même à l’école. Forte de ce constat, la Ligue de l’enseignement de Paris a lancé fin 2011 une opération destinée à sensibiliser les écoliers parisiens aux clichés filles-garçons.

Nous sommes entourés de stéréotypes de genre. On en véhicule nous-mêmes sans nous en rendre compte. Et l’école n’est pas épargnée… En 2008, la Halde s’est intéressée aux manuels scolaires et aux représentations qu’ils véhiculent. Une cinquantaine d’ouvrages sont alors passés au crible et le résultat est édifiant : les manuels véhiculent des idées toutes faites, quelles que soient les disciplines enseignées. L’image des hommes et des femmes ne cesse de subir un traitement différencié moins valorisant pour les femmes. Et lorsqu’il s’agit d’illustrer le milieu professionnel, plus d’un homme sur quatre apparaît en position supérieure (un patron/une secrétaire) ou occupant la figure la plus prestigieuse d’un secteur d’activité (un chirurgien/une gynécologue). Outre les manuels, les enseignants font parfois – souvent ? –, inconsciemment ou non, la distinction filles-garçons. Selon Céline Pétrovic, docteure en sciences de l’éducation, ils ne s’adressent pas de la même façon aux garçons et aux filles. Les premiers sont plus souvent et plus longuement interrogés, particulièrement en mathématiques, et se trouvent plus souvent amenés à approfondir la réflexion, alors que les secondes sont sollicitées pour les rappels de connaissances.

Aider à changer les mentalités

L’école est l’un des lieux privilégiés où savoirs et réflexions aident à la construction de l’enfant. La Ligue de l’enseignement de Paris a alors lancé, fin 2011, l’opération « Filles et garçons : cassons les clichés ». En novembre dernier, 1 400 classes de CP et CE1 de la capitale, soit près de 30 000 élèves, ont reçu un kit pédagogique contenant un livret pour les enseignants, un pour les parents et un destiné aux enfants. Ce dernier présente des ours que rien ne distingue les uns des autres, pratiquant différentes activités du quotidien (cf. illustration ci-dessus). S’agit-il d’activités pratiquées par Madame ourse ou par Monsieur ours ? Ou par les deux ? Lorsque les enfants répondent les clichés jaillissent comme des évidences : « Les dames lisent moins souvent que les garçons », lance un écolier. « Maman ourse peut lire un livre de recettes », lui rétorque un autre. Dans une autre classe, on a aussi pu entendre que devant se rendre au travail, Monsieur ours n’a pas le temps de repasser ses vêtements. C’est donc à Madame ourse que la tâche revient…

S’ensuit un échange – nécessaire – avec l’enseignant pour déconstruire les représentations des enfants qui, finalement, se réfèrent à ce qu’ils vivent au sein de leur foyer. Pas étonnant donc que les clichés soient si tenaces quand on sait que quotidiennement, les femmes consacrent plus du double de temps aux tâches ménagères et à la cuisine (1) que les hommes.

Accepter la différence

Le « test » des ours est complété par deux histoires créées par des élèves, mettant en scène Rose et Shou. La première préfère les pantalons aux robes à fleurs tandis que le second préfère qu’on lui offre une encyclopédie plutôt qu’un ballon de foot. Leurs choix respectifs ne font pas l’unanimité auprès de leur entourage, à commencer par leurs propres parents, « englués » dans les clichés et inquiets de voir que leurs enfants peuvent être différents des autres, en rupture avec la norme sociale… Deux belles histoires donc, qui permettent de pousser la réflexion et de bousculer les schémas « préétablis ». Car certains enfants qui se reconnaissent dans les personnages de Rose et Shou peuvent refouler cette différence. Ce qui « peut générer des interdits de la part d’enfants en manque de confiance et qui n’osent pas choisir certaines activités. Au-delà, cela peut avoir des incidences sur la construction de leur personnalité », comme l’explique Philippe Guez, vice-président de la fédération de Paris.

Mélanie Gallard

www.ligueparis.org

(1) 3 h 03 contre 1 h 23 pour les hommes. Source Insee : « Emploi du temps 2009-2010 ».

 

Article paru dans le dossier « Hommes-femmes : qui a parlé d’égalité? » – Les Idées en mouvement – avril 2012