Féminismes contemporains 

Labo-inégalitésLes champs d’actions des féministes sont aussi nombreux qu’il existe de mouvements. Actions chocs d’un jour pour bousculer l’opinion ou au contraire travail de l’ombre auprès des institutions : les stratégies sont complémentaires, et ne s’en dégage pas moins un discours commun. Panorama — non exhaustif — des féminismes d’aujourd’hui…

 

Si le féminisme des années 60 renvoie immédiatement aux luttes initiées par le MLF ou le « Planning » (à l’époque Maternité heureuse), le féminisme contemporain est plus nébuleux. Aujourd’hui, il n’est pas seulement question d’égalité en droits, mais d’égalité en faits, tant dans la sphère privée (partage des tâches domestiques par exemple) que dans la sphère publique (représentation des femmes dans les instances de décision). Depuis 40 ans, les lobbies féministes se sont multipliés, dans des domaines aussi variés que la lutte contre les violences conjugales ou les stéréotypes de sexe, mais aussi l’égalité salariale, la place des femmes dans le sport, ou les questions de langage (féminisation des noms de métiers, lexique administratif…).

Le Planning et ses héritières

Sur les questions de sexualité (contraception, IVG, éducation au genre, lutte contre les violences sexistes), le Mouvement français pour le planning familial reste l’association féministe de référence. Bien ancré dans les territoires, sollicité par les institutions (écoles entre autres), il a aussi ses héritières. Certaines occupent un créneau plus « frontal », sur les aspects les plus tabous de la thématique. Les Filles des 343 salopes, dont le nom affiche la même provocation que celui du célèbre appel de 71, dénoncent la culpabilisation de l’avortement. L’association a principalement recours aux témoignages et à la pétition. D’autres travaillent avec discrétion, auprès de publics spécifiques, en optant pour le rapport interindividuel, à l’instar du Gams (Groupe femmes pour l’abolition des mutilations sexuelles). D’autres encore, comme Osez le féminisme, s’inscrivent dans la mouvance du féminisme 2.0. Les militantes (moyenne d’âge 25 ans) cherchent – entre autres choses – à sensibiliser les jeunes au sexisme ordinaire, via le multimédia et une large exploitation de Facebook… L’association joue la carte de la proximité (de langage et de vécu). La série « Vie de meuf » (Dailymotion), où filles et garçons inversent les rôles, fait partie de la panoplie des outils qu’elles développent, avec l’appui d’hommes solidaires…

Les hommes associés

Les hommes tendent en effet à intégrer les mouvements féministes. Mix-cité, née en 1997, ouvre officiellement la voie du féminisme mixte. « La mixité doit contribuer à enrichir le débat, à mieux comprendre les résistances qui subsistent et à mieux les combattre », peut-on lire sur le site. Un tournant du féminisme ? Pas vraiment. La plupart des associations restent 100 % féminines mais le soutien masculin se généralise. Le réseau zeromacho.eu comprend exclusivement des hommes, « réunis pour dire publiquement “non” au machisme, en particulier sous sa forme extrême qu’est la prostitution ». Comment ? En appelant à signer leur manifeste « Nous n’irons pas au bois », afin d’épauler les lobbies féministes abolitionnistes au niveau national comme européen.

Actions symboliques et visibles

Zeromacho.eu a été initié par Florence Montreynaud, figure des Chiennes de garde, qui agissent « contre le sexisme public » et notamment la marchandisation du corps des femmes. L’association adresse des lettres ouvertes aux réseaux de distribution cautionnant des publicités sexistes, et organise des manifestations à haute valeur symbolique pour sensibiliser l’opinion. Exemple : la remise officielle du « prix macho » qui reprend en quelque sorte les codes « du goudron et des plumes ». Dans le même esprit : La Barbe, groupe dénonçant la sous-représentation féminine dans les instances décisionnaires. Le protocole d’action est rédigé dans les statuts : les militantes font irruption lors des temps forts des organisations-cibles (AG par exemple), une barbe factice collée au menton… Cette identité visuelle forte représente un atout maître pour interpeller les médias et le grand public. Et cela encore plus lorsque la cause (pourtant incontestée) reste, dans un imaginaire collectif, renvoyée à un « combat d’arrière-garde ». Ainsi, Femmes solidaires soutient le défilé parisien annuel « Toutes à moto » dont l’objectif est de véhiculer au sens littéral l’image d’un féminisme moderne, conduit par des femmes qui vont de l’avant.

Agir auprès des institutions

Aller de l’avant en sensibilisant l’opinion par des actions chocs, des outils pédagogiques, des appels à signatures, mais pas seulement… Les lobbies féministes se veulent aussi des référents en matière d’expertise et de conseil, prêts à prendre leur place dans la gouvernance nationale ou européenne en travaillant au plus près des institutions. Peut-être moins bien identifiées par le grand public, ces associations assurent cependant un travail de veille et de pression à l’égard du législateur. La Clef (Coordination française pour le lobby européen des femmes) porte ainsi les positions et propositions concertées de différents groupes féministes auprès des autorités françaises. Parité professionnelle, éducative et culturelle ou lutte contre les violences faites aux femmes : les féministes se concertent. Et de plus en plus, comme en atteste le collectif Féministes en mouvement (plus de 40 associations) qui interpellait les présidentiables le 7 mars dernier, comme une seule femme…

Diane Dorelon

 

Article publié dans le dossier « Hommes-femmes : qui a parlé d’égalité » des « Idées en mouvement » – avril 2012