Droits des femmes : où en est la France ?

Les droits des femmes font l’objet d’avancées certaines dans notre pays. Si les textes en leur faveur en témoignent, il reste fort à faire quant à leur application. Vie publique, monde du travail, santé, éducation… Dans tous les champs de notre société, le combat reste permanent.

Les textes en faveur des droits des femmes se succèdent depuis trois ans, contre le harcèlement sexuel, le viol et les violences, pour l’égalité professionnelle… Sur le front de l’accès à l’avortement, les progrès sont particulièrement nombreux : suppression du délai de réflexion et de la notion de détresse, remboursement à 100 %, extension du délit d’entrave à l’IVG… « La photographie des avancées des droits des femmes est trompeuse », nuance Geneviève Couraud, présidente de la commission « Santé, droits sexuels et reproductifs » au HCE (Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes). « On avance, mais les problèmes ne sont réglés qu’en partie. » « Quand une loi est votée, encore faut-il qu’elle soit bien appliquée », renchérit Véronique Séhier, coprésidente du Planning Familial.

La parité, mais pas le partage du pouvoir

La vie publique est une illustration parfaite du paradoxe. Depuis la mise en place, en 2015, du scrutin départemental « binominal mixte », le nombre des femmes élues dans les conseils départementaux est passé de 14 % en 2011 à 50 % en 2015. Une victoire ? Pas complètement : 90 % des départements restent présidés par des hommes. « Il y a un partage des postes, mais pas du pouvoir », analyse Claire Guiraud, secrétaire générale du HCE. « Chaque fois que l’on avance sur la parité en politique, les lieux de pouvoir se déplacent », observe Geneviève Couraud, militante de longue date au parti socialiste. Nul besoin de changer la loi pour initier un retour en arrière. « Quand un candidat à l’élection présidentielle déclare qu’il ne touchera pas à la loi Veil, comment être sûr qu’il ne touchera pas non plus aux avancées qui ont suivi, simplement en limitant les financements ? », interroge Véronique Séhier. En septembre 2016, un rapport sur l’argent public et privé consacré à l’égalité femmes-hommes révélait qu’en France les budgets restaient très insuffisants pour donner corps aux décisions politiques. Le budget 2016 alloué au ministère des Droits des femmes pour le programme « égalité entre les femmes et les hommes » s’élevait à 27 millions d’euros, soit… 0,0066 % du budget général, tandis que le coût des violences faites aux femmes est estimé à 2,5 milliards d’euros par an. Enfin, « la notion d’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas encore aujourd’hui un réflexe des décideurs publics », constate Claire Guiraud. Le premier projet de la loi Égalité et Citoyenneté, né du plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, avait tout simplement « oublié » le sexisme dans la liste des discriminations.

L’éducation à la sexualité : nécessaire et insuffisante

L’égalité entre femmes et hommes ne va décidément pas de soi. « Il y a dans la société un consensus rampant, caché, honteux, qui fait encore des femmes des intruses aux postes de responsabilité dans le monde du travail », observe Geneviève Couraud. La santé des femmes est un autre espace de la société, méconnu, qui révèle d’importantes inégalités. « Le regard des médecins est moins attentif à l’égard des spécificités des femmes », explique Geneviève Couraud, qui prépare pour le mois de mai un rapport sur ce sujet. Il y a aussi les attaques frontales. « En matière de droits des femmes, si on n’avance pas, le retour en arrière est immédiat », prévient Claire Guiraud. Le droit à l’IVG est systématiquement le premier attaqué par les mouvements politiques et religieux prônant le retour à l’ordre moral. « Certains avancent masqués, faisant passer leurs arguments anti-choix pour une information neutre », rappelle Claire Guiraud.

Comment lutter ? « En renforçant l’information positive et permanente », insiste Véronique Séhier. En promouvant la laïcité à la française, « profondément liée aux avancées des droits des femmes », assure Geneviève Couraud. En travaillant sur les stéréotypes et l’égalité entre filles et garçons, enfin. « Dans les jeux vidéo, les bandes dessinées, au cinéma, la banalisation du viol, du non-consentement, de la force masculine et des stéréotypes participe à la construction du “petit macho“ », estime Geneviève Couraud. « Aux Pays-Bas, l’éducation à la sexualité commence dès le plus jeune âge. En France, elle est largement insuffisante », déplore Véronique Séhier. La loi Aubry de 2001 instaurait l’éducation à la sexualité, sans lui octroyer les moyens nécessaires. Le dispositif expérimental « ABCD de l’égalité », mis en place en 2014, a été violemment contesté. À celui-ci a succédé en 2015 un « plan d’action pour l’éducation à l’égalité filles-garçons à l’école », visant à développer la formation des enseignants. Or, le HCE, dans son rapport de février 2017 sur la formation à l’égalité filles-garçons, met en évidence les résistances persistantes.

Une opinion publique acquise à l’égalité entre femmes et hommes

Les acteurs de l’égalité entre femmes et hommes sont optimistes. « Il y a une forte mobilisation, en France et dans le monde, en faveur des droits des femmes, remarque Véronique Séhier. On a vu la manifestation des femmes le 21 janvier, après l’investiture de Trump. » Geneviève Couraud souligne la vigueur du courant féministe, à travers les associations Osez le féminisme, Georgette Sand, ou les efFRONTé-e-s, porté par des intellectuelles comme Jacqueline Costa-Lascoux, Caroline Fourest, ou Réjane Sénac. « En France, une majorité de la population est acquise à l’égalité entre les femmes et les hommes, considérée comme le gage d’une société qui fonctionne bien », apprécie Claire Guiraud.

 

Géraldine Dauvergne

 

 

Fonds international de soutien aux ONG accompagnant les femmes : ce que fera la France

En réaction à la décision du gouvernement Trump d’interdire le financement des ONG étrangères soutenant l’avortement, les Pays-Bas ont lancé, le 28 janvier 2017, un fonds international participatif visant à compenser l’énorme perte pour les ONG. La Belgique a rapidement rallié l’appel aux dons. « La France soutient cet appel », explique-t-on au cabinet de Laurence Rossignol, ministre des Droits des femmes. Mais son soutien financier « ne sera pas affecté directement à la plate-forme lancée à l’initiative des Pays Bas ». La France va renouveler son engagement dans le fonds Muskoka – qui vise à réduire la mortalité maternelle, néonatale et infantile, dans 10 pays d’Afrique et en Haïti –, à travers un engagement de 10 millions d’euros en 2017. Une aide exceptionnelle d’un million d’euros va être attribuée à la zone sahélienne (Tchad-Niger), via le fonds des Nations unies pour la population, en vue de programmes de planification familiale.

 

Ces pays où les droits des femmes sont menacés

  • États-Unis : le 21 janvier 2017, au lendemain de la prestation de serment de Donald Trump, le mouvement Women’s March organise une marche pour les droits des femmes à Washington, suivie dans le monde entier par des millions de manifestants. Deux jours plus tard, le président américain signe un décret interdisant le financement d’ONG internationales soutenant l’avortement.
  • Russie : le 25 janvier 2017, les députés russes votent une loi dépénalisant les violences domestiques commises au sein de la famille. Une amende de 30 000 roubles (470 euros), remplace les deux ans de prison encourus jusqu’alors.
  • Pologne : en octobre 2016, des manifestations de grande ampleur empêchent le gouvernement conservateur de durcir une législation sur l’IVG, déjà parmi les plus restrictives d’Europe.
  • Portugal : le 21 juillet 2015, le Parlement portugais adopte une loi restreignant le droit à l’avortement. Les frais sont désormais à la charge de la patiente, qui doit subir un examen psychologique avant l’IVG.
  • Espagne : le 9 septembre 2015, le Sénat espagnol adopte une loi interdisant aux mineures d’avorter sans le consentement de leurs parents.
  • Italie : 70 % des gynécologues italiens font valoir la « clause de conscience », sous la pression de lobbies proches du Vatican. Le cas de Valentina Milluzzo, enceinte de jumeaux et décédée en octobre 2016 à Catane, en Sicile, avait ému le pays : tous les médecins de l’hôpital avaient fait valoir la clause de conscience.