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Revue de presse
IEM
Danielle Mitterrand : «L’eau, bien commun de l’humanité»
Chaque jour, 34 000 personnes – dont 5 000 enfants – meurent par manque d’eau. France Libertés, fondation présidée par madame Danielle Mitterrand, œuvre depuis des années pour rendre l’eau accessible à tous. Elle s’apprête à lancer sa campagne de sensibilisation « les Porteurs d’eau », à laquelle est associée la Ligue de l’enseignement.
Les Idées en mouvement : Votre fondation, France Libertés, milite pour rendre la société mondiale plus solidaire, en défendant les biens communs de l’humanité et plus précisément l’eau. Pourquoi l’eau en particulier ?
Danielle Mitterrand : Le choix de l’eau s’est de fait imposé… Pendant des années nous avons aidé à creuser des puits, lancé des campagnes contre le Sida, soutenu des dispensaires… jusqu’au jour où s’est réellement posée la question de savoir qui devait creuser ces puits. Est-ce de notre devoir en définitive ? Ne serait-ce pas, au contraire, ceux mandatés pour assurer une bonne gouvernance qui devraient s’en charger ? Nous poursuivons bien évidemment toutes ces actions mais nous avons également infléchi notre réflexion sur le statut de l’eau. Nombre de témoignages nous sont parvenus quant à l’inquiétude des populations pour accéder à cette ressource vitale. Nous avons donc travaillé la question, cherché quelles en sont les causes et comment proposer une autre politique de la gestion de l’eau. Ce qui s’est traduit par un travail de terrain concret auprès des populations sur la façon dont ils voient la gestion de l’eau dans le monde.
En 1992, dans le cadre du Sommet de la Terre à Rio, une déclaration précisait que tout serait mis en œuvre pour que l’eau soit accessible partout dans le monde en 2000.
Or, comment demander aux États du Sud de se mobiliser pour amener l’eau là où les populations en ont besoin et, dans le même temps, leur imposer de passer par des acteurs privés comme Veolia (sous l’égide de la Banque mondiale et du FMI, chargés de la gestion des chantiers) pour rendre l’eau accessible. En effet, plutôt que de mettre en place une véritable politique partenariale avec les pays concernés, la Banque mondiale et le FMI, sous couvert de « rendre le projet réalisable », ont choisi de solliciter les acteurs privés du Nord. Une autre manière pour le Nord de s’enrichir au travers de prêts et de peser encore un peu plus sur les pays du Sud.
Force est de constater que la volonté politique n’y est pas et que les choses n’avancent pas. Cependant, certaines populations ont pris conscience de la situation et se sont inscrites en faux contre les multinationales, à l’image de la Bolivie, de l’Équateur, de l’Argentine, ou encore de l’Uruguay.
L’eau représente un enjeu géopolitique de taille. Avec France Libertés, parvenez-vous à exercer une certaine influence auprès des États ?
On essaie, tout en connaissant les limites de l’exercice. Cependant, les États n’ont pas conscience du pouvoir de la population que l’on amène à réfléchir au travers de nos actions. En France par exemple, on observe actuellement une poussée de la part de la population quant à la gestion de l’eau par les municipalités. Les maires réinterrogent la gestion qu’ils font de cette ressource et viennent à se demander s’il ne faudrait pas changer le système actuel ; un système difficile à ébranler tant il est verrouillé et plein d’obstacles. Actuellement, beaucoup de municipalités reviennent à une gestion publique de l’eau.
En revanche, ailleurs dans le monde, elle se trouve au cœur de guerres qui n’en finissent pas, à l’image du conflit israélo-palestinien où elle est utilisée comme une véritable arme en empêchant une partie de la population de l’atteindre. Alors que
l’accès à l’eau devrait être inscrit dans la Déclaration des droits de l’Homme, on déplore un manque d’ambition évident de la part des nations.
Le fait d’être une ancienne première dame de France facilite-t-il votre action ?
Je suis effectivement un sésame pour ouvrir un certain nombre de portes, car beaucoup de chefs d’États me connaissent et me reçoivent en souvenir de mon mari. Mais une fois la porte ouverte, à moi de faire le reste…
Vous plaidez pour la création d’une Haute Autorité mondiale de l’eau. Est-ce pour pallier les manquements du Conseil mondial de l’eau ?
C’est avant tout pour rétablir une vérité. Le Conseil mondial de l’eau trompe son public, qui le croit mandaté par l’ONU. Je n’ai rien contre cette organisation à condition qu’elle se présente sous son vrai jour, à savoir une organisation commerciale, dirigée par de grandes multinationales où le business prévaut sur l’intérêt général.
En ce qui nous concerne, nous souhaitons présenter une Haute Autorité mondiale de l’eau, indépendante des organismes commerciaux, et possédant un vrai projet de partage de l’eau, ce bien commun du vivant qui doit être réparti équitablement au nom de la vie et pas pour l’argent.
Le 5 juin prochain, France Libertés lance la campagne des « Porteurs d’eau ». En quoi consiste-t-elle ?
« Les Porteurs d’eau » sont déjà en marche dans plusieurs pays. Partant du principe que l’eau n’est pas une marchandise, on décide de faire un véritable choix de société : l’eau est un bien commun de l’humanité et doit, à ce titre, s’inscrire dans les droits de l’Homme.
« Les Porteurs d’eau » ont imaginé un objet représentatif de leur engagement. De là est née la « feuille d’eau », cette bouteille transparente 100 % recyclable, créée par Philippe Starck. On distingue ainsi l’eau de son contenant, ce qui amène à réfléchir au service de l’eau, qui lui seul a un prix. On commence alors à penser l’eau autrement qu’au travers d’une simple bouteille achetée dans le commerce et que l’on jette. De cette manière, on lutte également contre l’accumulation des déchets plastiques. En outre, la campagne permet à chaque « Porteur d’eau », grâce à un objet simple, de se dire citoyen et de s’engager pour les biens communs, en particulier pour l’eau, pas seulement dans l’idée de faire des économies mais dans une démarche globale de citoyenneté.
Vous avez choisi de vous associer à la Ligue de l’enseignement pour porter ce projet, notamment dans sa dimension pédagogique…
Oui, tout à fait. Une convention a du reste été signée en mars dernier afin d’envisager des partenariats avec les fédérations de la Ligue de l’enseignement. Par ailleurs, nous réfléchissons ensemble à inscrire les classes d’eau, organisées par la Ligue de l’enseignement, en classes « Porteurs d’eau » avec la « feuille d’eau » en guise de fil conducteur. On réfléchit également à ce que France Libertés réalise des interventions au sein de ces mêmes classes. Prochainement, les « feuilles d’eau » seront distribuées lors du congrès de la Ligue de l’enseignement à Toulouse et, un peu plus tard dans l’année, nous comptons organiser un événement « Porteurs d’eau » à l’occasion du Salon européen de l’éducation avec des temps d’échanges, une conférence, sans omettre des activités pédagogiques autour de l’eau…
Retrouvez les Idées en mouvement sur www.iem-laligue.org
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